L'architecte écolo des stars

Rues bordées de palmiers dans un ciel bleu azur à deux pas de la plage : Olivier Touraine a décidé d’élire domicile dans le Los Angeles de ses rêves, à Venice. Et il n’a pas fait les choses à moitié. Cet architecte français a fait de sa maison sa vitrine. Au milieu des coquettes résidences de banlieue trône une boîte de verre recouverte d’une carcasse en acier: summum du minimalisme et du modernisme architectural. La maison semble petite mais les apparences sont trompeuses. Entre le rez-de-chaussée, le premier étage et le loft, il n’y a pas moins 130 mètres carrés habitables. “Avec ma femme (également architecte), nous aimons les choses compactes, simples”, explique Olivier Touraine, alors qu’il grimpe les escaliers en copeaux de bois recyclés de son ouvrage habitable.

Bienvenue chez l’architecte français des stars, ou comme il dit “de l’industrie”, comprenez l’industrie d’Hollywood, un long chemin parcouru depuis sa ville natale du Blanc-Mesnil, dans le 93. Olivier Touraine est discret sur ses clients à paillettes (“on nous fait signer des contrats de confidentialité”). Mais cite par exemple le réalisateur Wim Wenders “un ami personnel”, (pour lequel il a reconverti un garage en maison à Hollywood Hills). Une impressionnante photo de La Havane issue du célèbre film Buena Vista Social Club trône d’ailleurs dans son séjour.

A 46 ans, Olivier Touraine se pose enfin après une vie trépidante aux quatre coins du monde. Il commence par des études à l’école d’architecture de La Villette à Paris. A sa sortie, au milieu des années 80, il apprend aux côtés des plus grands : Renzo Piano dans un premier temps, puis Jean Nouvel. “A cette époque, il y avait beaucoup de projets, ça bougeait de partout”, raconte-il enthousiaste. “Je travaillais comme un fou, j’étais un vrai “Golden Boy” avec ma carte de grand voyageur”, sourit-il. La contrepartie? “Aucune vie privée!” Les choses changent lorsqu’il doit se rendre aux Etats-Unis pour un projet. Il y rencontre sa femme, une Américaine, avec laquelle il fonde son agence d’architecture Touraine Richmond Architects. C’était en 2000. Désormais, il partage sa vie entre l’enseignement aux universités de UCLA et USC, son agence et sa petite famille, qui s’est étoffée il y a trois ans d’un garçon “avec une énergie incroyable”, soupire Olivier Touraine.

Le point cardinal de ses oeuvres, c’est le respect de l’environnement. Pour lui, les maisons doivent faire corps avec la nature au lieu de l’affronter. L’isolation et la ventilation naturelle rendent superflu tout système de climatisation, fait rare dans une ville où les températures naviguent entre 30 et 35 C° l’été.

Olivier Touraine est aussi un adepte des toitures végétales, ces “green roofs” qui absorbent l’eau de pluie et isolent le toit. L’un de ses projets est la conception de maisons préfabriquées écologiques. “Elles existent en six modèles, plus ou moins grandes et l’idée c’est de les rendre auto-suffisantes” : système de panneaux solaires, bois recyclé pour les meubles et le sol, réutilisation des eaux usées, isolation de la maison grâce à des chutes de jeans, lumière à structure tubulaire permettant un Èclairage naturel sans la chaleur qui va avec. “Le tout pour 50 000 dollars!”, s’exclame Olivier Touraine, convaincu du marché de ces “maisons en kit”.

Los Angeles semble être le paradis des architectes avec ses excentricités où l’ultramoderne le dispute au classique et où tous les styles semblent être permis. Mais paradoxalement, la ville de l’entertainment n’est pas l’endroit idéal. “Il manque un culture populaire de l’architecture”, souligne Olivier Touraine, en contraste avec la France. “Ici, dès que les gens ont de l’argent, ils veulent construire leur propre maison et veulent tout de suite des Mc Mansions, ça manque de créativité, question de culture”.