Le business de la sieste

Les nuits des new-yorkais sont courtes et leur sommeil précieux. Si bien que certains ont misé sur un business de la sieste, en pleine expansion. Yelo, un salon qui a ouvert ses portes en janvier, à deux pas du Time Warner Center dans l’Upper West Side, au coin de Central Park, propose à ses clients de faire une petite sieste baptisée « powernap » (sieste régénératrice) pour $12 la demi-heure. Dans la ruche urbaine, les cabines jaunes en forme d’alvéoles sont « de véritables cocons », selon le fondateur Nicolas Ronco, un français installé à New York depuis 18 ans et un ancien de Time Warner.

Mode d’emploi: le site Internet de Yelo (heloyelo.com) et un écran dans la vitrine du salon indiquent le temps d’attente pour avoir accès à l’une des sept « Yelocabs » (cabines de sieste). Lorsque l’une d’entre elles se libère, le client paie pour une plage horaire et est escorté jusqu’à sa cabine de 5m2. Confortablement installé, il règle, à l’aide d’une télécommande, le degré d’inclinaison du dossier du siège (le propriétaire des lieux recommande de monter les pieds plus haut que la tête, afin de ralentir le rythme cardiaque). Lumière tamisée, musique de fond aux pouvoirs soporifiques, et couverture en cashmere du Népal, le « siesteur » peut s’abandonner aux bras de morphée et « recharger les batteries ».

Une fois le temps écoulé (entre vingt et quarante minutes), les lumières se rallument graduellement, imitant l’aube. La sieste peut s’accompagner d’un soin de « réflexologie », c’est-à-dire de massages sur certains points névralgiques des pieds, des mains, et des oreilles, « un traitement proche de l’acuponcture », explique Nicolas Ronco. Pour cela, il faudra débourser $65 pour la demi-heure.
Après la boutique du West side, Nicolas Ronco veut convaincre les entreprises d'adopter ses cabines de sieste

Le projet de Nicolas Ronco, qui est en négociation avec de grandes compagnies, est d’installer des cabines au sein même des entreprises. Avec la bénédiction des directions des ressources humaines des entreprises qui verraient là un moyen d’ajouter la sieste au nombre des avantages « maison » offerts aux salariés. Les entreprises espèrent ainsi adoucir la vie des troupes, améliorer le moral et la motivation et in fine les inciter à garder leur poste. En outre, les entreprises ne perdent pas de vue qu’une sieste de quinze minutes après le déjeuner améliore de manière significative la productivité durant l’après-midi. Elles ont donc tout intérêt à inciter leurs employés à faire un petit somme, selon le fondateur de Yelo.

Une autre clientèle potentielle de Yelo, selon Nicolas Ronco: les trois millions et demi de navetteurs qui n’habitent pas directement Manhattan et qui font le trajet chaque jour de Long Island ou du New Jersey par exemple. Ceux-ci n’ont pas le temps de repasser chez eux avant un dîner d’affaires et ont parfois besoin de « récupérer » avant de passer à l’apéro. Ou encore, les « oiseaux de nuit » qui veulent se reposer avant de sortir pour tenir le coup et profiter de la nuit new-yorkaise.

« C’est un “spa” express pour les gens pressés, avec une clientèle autant masculine que féminine », explique Nicolas Ronco. Il estime que le chiffre d’affaires de Yelo atteindra 1.9 million de dollars pour la première année d’activité, pour le seul centre de l’Upper West Side. Il projette d’en ouvrir un deuxième à Wall-Street avant la fin de l’année, et une trentaine d’ici cinq ans à New York, Chicago et Londres.

Les lounges d’aéroports, surtout dans les aéroports internationaux où les voyageurs ont parfois de longues haltes, représentent également un potentiel de développement pour Yelo, selon Nicolas Ronco. Si les compagnies aériennes proposent de plus en plus des sièges convertibles en lit en classe affaire, les entreprises sont aussi de plus en plus réticentes à payer un billet plein tarif à leurs employés et les incitent à voyager économique. Les voyageurs qui ont des heures de vol derrière eux ont désespérément envie de faire une sieste. Payer pour faire la sieste peut sembler incongru, mais une sieste à l’aéroport est toujours moins onéreuse qu’une chambre d’hôtel.

Yelo n’est pas le premier centre de relaxation à Manhattan: MetroNaps propose également à l’animal urbain de se lover dans un siège « pod » (cosse). Celui-ci est digne du film de Stanley Kubrick 2001, Odyssée de l’espace, avec son capot sphérique noir, qui recouvre le haut du corps du cyborg-dormeur. Le premier MetroNaps a ouvert en 2004 au 24ème étage de l’Empire State building et facture $14 pour vingt minutes de sieste. En prime, un kit de réveil avec un spray pour le visage et des bonbons à la menthe pour se rafraîchir.

Et puis, si le sommeil en cabine n’est pas garanti à 100%, on peut supposer que payer fait partie de la thérapie: on se relaxe mieux dépensant beaucoup, c’est bien connu. Dans ce cas, le client en a pour son argent : une sieste à $77 (avec réflexologie à Yelo) est forcément régénératrice.

Yelo, 315 West 57th Street (entre 8e et 9e Avenues). New York, NY 10019. 212.245.8235
MetroNaps, Empire State Building, Suite 2210.350 Fifth Avenue (entre 33e et 34e Streets). New York, NY 10118. 212.239.3344 et 120 Nassau Street. New York, NY 10038. 212.346.7549