Le “diplomate le plus populaire de Washington” à l’Elysée

“N’attendez aucun changement dans les principaux points de la politique étrangère française”: c’est que Jean-David Lévitte répétait deux jours avant l’élection de Nicolas Sarkozy devant le Chicago Council on Global Affairs. Apparemment il savait de quoi il parlait: c’est lui que le nouveau president de la République a chargé de mettre en musique la non-rupture qui devrait marquer sa politique étrangère.

Si Nicolas Sarkozy a beaucoup insisté sur le fait qu’il ne trouvait, notamment, rien à redire à la politique de Jacques Chirac face à la guerre en Irak, Lévitte symbolise parfaitement cette continuité Sarkozo-Chiraquienne. L’ancien ambassadeur à Washington retrouve en effet l’Elysée où il a déjà occupé les fonctions de conseiller diplomatique auprès du president sortant, entre 1995 et 2000.

Pour Jean-David Lévitte, 60 ans, le retour à la case départ peut apparaître décevant. Depuis plusieurs années, à chaque remaniement ministériel, il a été régulièrement évoqué comme ministrable possible. Mais quand vendredi dernier Nicolas Sarkozy a appelé l’ambassadeur à Washington pour lui demander d’être ce lundi à Paris, il lui a tout de suite dit de quoi il s’agissait: retour à l’Elysée. Retour exprès d’ailleurs: parti précipitamment, Jean-David Lévitte ne repassera pas par Washington. Il s’est, dès mardi, veille de la passation de pouvoirs, installé dans ses nouveaux bureaux du palais présidentiel. En revanche, il restera ambassadeur en titre jusqu’à l’arrivée de son successeur, ce qui lui permettra vraissemblablement de venir fêter le 14 juillet à Washington et y faire officiellement ses adieux.

Trésors de charme

Si le fond de la politique ne devrait guère changer, Nicolas Sarkozy choisit en revanche pour le conseiller un diplomate qui a beaucoup oeuvré à tenter de rapprocher France et Etats-Unis, notamment après le clash de 2003 et de la guerre en Irak. Il en a fait son combat, déployant des trésors de charme auprès des éditorialistes et autres relais d’opinion à Washington. Même les plus conservateurs et anti-français ont succombé, comme le Washington Times qui le qualifiait en février de “gentleman dont l’élégance nonchalante et les manières gracieuses en font un des diplomates les plus populaires et efficaces de la ville”. Depuis l’annonce de son départ, les services de l’ambassade de France sont assaillis de coups de fil de lamentation de ses interlocuteurs dans les médias qui, disent-ils, le regrettent déjà.

Pourtant, au moment du déclenchement de la guerre en Irak et de la vague de ‘French bashing’, l’ambassadeur avait d’abord choisi d’ignorer la poussée de fièvre, tout comme d’ailleurs les accusations d’anti-sémitisme français qui allaient suivre. Mais à partir de mai 2003, il décide de changer de tactique, en répondant coup pour coup aux attaques anti-françaises de la presse. Comprenant le rôle du Congrès, il y a poussé à la creation d’un ‘French caucus’ et embauché un lobbyiste.

Sa longue expérience des Etats-Unis lui a permis de s’y faire beaucoup d’amis. Il est invité à passer Thanksgiving chez Richard Holbrooke, l’ancien ambassadeur américain à l’ONU ou à regarder le superbowl avec Bill Clinton.

Mais il a aussi testé les limites de l’action diplomatique face au “French bashing” et fréquemment fait part de sa frustration à voir l’amélioration à Washington peiner à se propager auprès de l’Américain moyen. Pour tenter d’y remédier, l’ambassadeur a pris son bâton de pélerin ces dernières années, pour aller porter le message de l’amitié franco-américaine dans les Etats les plus reculés.
A la tête d’une équipe diplomatique renforcée (pour la première fois le conseiller diplomatique aura sous son autorité la cellule Afrique, privée donc de l’autonomie dont elle jouissait jusqu’alors), Jean-David Lévitte va désormais pouvoir utiliser tout son talent pour expliquer à ses interlocuteurs américains que leurs espoirs d’un spectaculaire changement de politique étrangère française seront sans doute déçus…