Le festival du kiffe

C’est une première. La culture des banlieues françaises célébrée à New York. Le titre intrigue et nécessite une explication linguistique pour les anglophones. I kiffe ou I keef ?

Pendant trois semaines, spectacles de danse, concerts, expositions, projections de films et de documentaires se succèderont. Un week-end de conférence et de débat est aussi prévu. «L’objectif est de montrer des créations artistiques nouvelles et de susciter une réflexion sur la société américaine et sur la société française, tout en se divertissant » résume Kareen Rispal, conseillère culturelle à l’ambassade de France à l’origine du projet.

Celle-ci voulait montrer une autre image de la France que celle de Versailles ou des Impressionnistes, et mettre l’accent sur des formes d’expression artistiques souvent laissées dans l’ombre. Aucune discipline n’a donc été écartée. Au fil des 32 évènements, les new-yorkais découvriront un courant populaire et innovant.

Ce festival, organisé par le service culturel de l’ambassade, en partenariat avec le FIAF (French Institute – Alliance Française) a lieu sous le patronage du réalisateur américain Melvin Van Peebles, et Vincent Cassel, le héros de La Haine, connu aux Etats-Unis pour sa performance dans Ocean’s thirteen.

C’est comme un retour aux sources. La street culture américaine et la culture urbaine française se répondent. Par exemple, le hip-hop français s’est largement inspiré du hip-hop né dans les banlieues américaines dans les années 1990.

La banlieue, par la banlieue. Tous les artistes en sont issus. Audrey Estrougo, la réalisatrice du film Regarde –moi a grandi en banlieue parisienne. Les organisateurs ont volontairement écarté tout regard extérieur, pour éviter les stéréotypes. Et aussi pour mettre l’accent sur leur langage, leur propre forme d’expression et leurs signes de reconnaissance, comme avec l’exposition des graffitis de Fabien Verschaere.

I kiffe New York est aussi une réponse à la couverture médiatique des émeutes de 2005. « Paris brûle t-il ? » titrait le New York Times. L’occasion de donner une autre image des banlieues. Et l’occasion de jeter un regard iconoclaste et moderne sur une partie de la culture française contemporaine.

Les médias américains, eux, se montrent très curieux. N’en déplaise à aux grincheux. Certains français installés aux Etats-Unis s’étonnent de la mise en avant des banlieues par un organisme censé promouvoir la culture française. L’organisatrice n’en a cure et se réjouit si cet événement peut provoquer une interrogation sur l’identité des sociétés françaises et américaines.

Car au-delà du divertissement et de la performance artistique, ce festival cherche aussi à nouer un dialogue. Poser le regard sur la banlieue oblige à s’interroger sur son identité, son pays, sa culture. Le week-end de débats réunira sociologues, experts, documentaristes, français et américains et soulèvera les questions d’intégration, de discrimination positive et de représentation.

TEMPS FORTS

Festival I kiffe New York, du 6 au 28 octobre

Les Nubians : Echos Nubian Voyager
Concert R&B
Joe’s pub, 9 octobre

Films:

Regarde-moi , suivi d’une rencontre avec la réalisatrice Audrey Estourgo
FIAF, 7 octobre
Ma 6-T va crack-er
FIAF, 7 octobre
La Graine et le mulet
FIAF 28 octobre

Histoire d’un territoire, Yamina Benguigui
Documentaire sur l’image que projette la banlieue et sur les raisons de la concentration des problèmes sociaux dans ces quartiers
FIAF, 11 octobre

Les Mauvais garçons , documentaire
Suivi d’un débat avec Daniel Sabbagh (CERI-Sciences Po) et Michel Wieworka (sociologue)
FIAF 11 octobre

Théâtre de la vie urbaine – Fabien Verschaere
Exposition de peintures murales
Service culturel de l’ambassade, 14 au 18 octobre

Discrimination positive en France et aux Etats-Unis : perspective comparée
Conférence de Daniel Sabbagh (CERI-Sciences Po),
Columbia University, 15 octobre

That’s life!? – Pockemon
Danse (champions international de hip hop en 2003)
FIAF, 17 et 18 octobre

Programme complet