Le marché de l’art contemporain a -déjà- oublié la crise

Apres une année très sombre, il semblerait que le marché de l’art contemporain ait repris pied assez rapidement. Ainsi, le « Miami Herald », dans son étude datée du lundi 7 décembre, annonce des ventes Art Basel Miami supérieures à l’année dernière : «43% des galeristes déclarent des ventes largement en hausse par rapport aux prévisions». Des chiffres qu’on peut prendre au sérieux, dans la mesure où le « Miami Herald » est le seul à traquer ce type de statistiques, poursuivant sans trêve les collectionneurs et les vendeurs pour obtenir des chiffres.

Art Basel Miami a fait peau neuve pour cette édition 2009. Parmi les bouleversements, un élargissement des espaces, permettant d’inclure des galeries présentant des artistes émergents à la foire principale du Convention Center de Miami Beach. Cela n’a pas été sans grincements de dents, comme en témoigne Niklas Svennung, fils et associé de Chantal Crousel, galeriste parisienne qui expose à Art Basel Miami depuis la création. «Certains grands galeristes se sont plaint ; ils prétendent que les gens se sont perdus…  C’est un faux problème ! Le vernissage de mercredi s’est très bien passé. On y a vu moins d’Européens, mais plus de collectionneurs d’Amérique latine» affirme-t-il. Une question qui ne semble pas poser problème non plus à Emmanuel Perrotin, un des plus célèbres exposants français : «Il n’y a pas eu de catastrophe pour les marchands bien établis ! Le marché de l’art contemporain est une anomalie face à la crise mais c’est parce qu’on vend à des passionnés».

Peut-on vraiment y croire ? Qu’en est-il, justement,  de l’avis des collectionneurs ? « Il y a encore beaucoup de gens qui ont de l’argent. Tout est question de savoir ce qu’on veut et à quel prix » lance Herman Milligan, collectionneur américain depuis plus de vingt ans. Dans la même veine,  la Parisienne Elisabeth Krief affirme : «Même s’il n’y a rien d’époustouflant, on trouve de quoi faire son marché ! Ce qui est vraiment intéressant, c’est de retrouver des pièces d’artistes qui ont démarré il y a un ou deux ans et qui sont confirmés cette année ».

Moins de prises de risques
De l’avis de tous, les expositions de cette année sont cependant plus précautionneuses que celles des années précédentes. On n’y trouve, par exemple, presque plus de stands monothématiques. « Les marchands limitent les risques en montrant plutôt les œuvres représentatives de leur activité de l’année. Ils n’ont plus le culot de prendre tous les risques en lançant un nouvel artiste» estime encore Elisabeth Krief.  A part un stand du Convention Center présentant presque seulement des œuvres de Calder, la quasi totalitédes autres ont semblé fonctionner à l’économie. Cela n’a pas empêché Gwenolee et Bernard Zürcher de prendre le risque d’une exposition monothématique à la foire satellite « Pulse ».  D’autres, comme la galerie Chantal Crousel, ont sagement choisi de présenter un mélange d’œuvres relativement récentes et des classiques du genre, comme Andy Warhol. Un concept qui fait recette.

Autres pierres d’achoppement du marché : les baisses des cotes d’artistes émergents liées aux excès de la spéculation. Bien conscients des risques –pour en avoir probablement déjà fait les frais-, les exposants affirment d’une seule voix être particulièrement vigilants face à des acheteurs inconnus, ou connus pour des reventes trop rapides…
Art Basel Miami, c’est aussi une quinzaine de foires parallèles.  Un nombre qui augmente chaque année, à tel point qu’il devient impossible d’en donner une vision exhaustive. Enfin,  si on peut imputer cette amélioration des ventes d’Art Basel Miami à une érosion des craintes conjoncturelles, le marché mondial semble être sur la bonne voie.