Le millionnaire qui aimait les vieilles francaises

Courbes parfaites, carrosseries rutilantes et plaques d’immatriculations françaises : le musée de l’automobile d’Oxnard nous emmène dans un autre monde. Fondé par un Américain passionné de voitures françaises anciennes, le Mullin Automotive Museum rassemble une collection d’une centaine de voitures de la période Art Déco.

“Pour moi, les voitures françaises des années 20 et 30 symbolisent l’archétype de l’art et du design du 20ème siècle”, explique Peter Mullin, le fondateur du musée, qui a fait fortune dans les assurances vie. Les véhicules sont présentés dans un immense espace “de façon à rappeler le Grand Palais, lieu traditionnel où ils étaient exposés à l’époque”, souligne le conservateur Andrew Reilly.

Les visiteurs sont invités à circuler entre ces joyaux de métal d’un autre temps portant des noms comme Hispano-Suiza, Delahaye, Delage, Bugatti. Seule l’élite de l’époque étaient capable de s’offrir de tels objets, qui coûtaient alors plusieurs fois le prix d’une maison. Elles ont appartenu à l’aristocratie, aux nouveaux-riches, à des héritiers fortunés, et même à un tsar de Russie.

Au rez-de-chaussée se trouvent les voitures de luxe, dont une magnifique Delahaye cabriolet de 1939 couleur bordeaux, imposante de beauté futuriste et de majesté. “Il y a quelque chose de sensuel, de sculptural”, s’enthousiasme Peter Mullin à propos de la Delahaye, une marque disparue dans les années 50. A l’étage, place aux voitures de course.

Là aussi, l’art rencontre la technologie. “Peter Mullin était fasciné par cette période Art Déco parce qu’il y avait un réel optimisme. A cette époque, il y avait un renouveau esthétique conjugué à une soif d’inventions scientifiques”, ajoute le conservateur Andrew Reilly. Les bolides présentés empruntent sans équivoque à l’aéronautique, comme l’illustrent les modèles des frères Voisin ou encore la longiligne Delahaye 1937 TI45 avec sa carrosserie en aluminium et rivetée, capable à l’époque de pointes à plus de 200 km/h.

Toutes les voitures présentées témoignent aussi d’une époque où les voitures étaient fabriquées autrement. Le châssis s’achetait séparément de la carrosserie “c’était un travail d’artisan”, commente Andrew Reilly. Aujourd’hui, tous les véhicules sont monocoques, c’est-à-dire constitués d’un seul tenant. “Nous voulons montrer ce contraste des voitures considérées aujourd’hui essentiellement comme utilitaires, alors qu’autrefois, c’était de véritables sculptures sur roues!”, s’exclame Andrew Reilly.

Chaque automobile est un condensé d’histoire, comme cette Bugatti Brescia de 1925 qui a passé 70 ans au fond du lac Maggiore en Suisse, après que son propriétaire, qui avait perdu sa fortune aux jeux, ne pouvait plus payer les frais de douane. Les autorités suisses ont donc fait couler la voiture de course, selon la loi de l’époque. Sortie d’eau en 2009, l’épave était en surprenante bonne condition, deux de ses pneus étant toujours gonflés et les instruments du tableau de bord intacts. Peter Mullin, qui collectionne les voitures depuis 30 ans, n’a pas hésité “c’est une beauté des profondeurs“, admire-t-il.

Le musée, qui vient d’ouvrir ses portes en mai, ne peut être visité qu’une fois par mois et uniquement sur réservation. La visite du samedi 12 juin prochain est complète mais il reste des places pour samedi 10 juillet et 10 août. Informations sur le site : www.mullinautomotivemuseum.com