Le New Yorker et plus si affinités

La mousse de mon cappuccino est voluptueuse. La conversation s’engage avec mon voisin qui a repéré mon exemplaire du New Yoker. Je lui confie que je me jette sur les cartoons dès que je l’ouvre. Il m’en décrit un de la semaine passée qui l’a fait rire plusieurs jours. Puis nous passons à des sujets plus sérieux puis à d’autres plus légers avec cette connivence des amants qui partagent les mêmes passions.

Rien ne confirme plus son appartenance à ce club de l’intelligentsia New Yorkaise que la lecture du New Yorker. On aime sa couverture si pertinente, ses sujets qui oscillent du culturel à l’existentiel ponctués de dessins délicieusement humoristiques, et ses nouvelles littéraires.

Fondé en 1925, le New Yorker s’inspire du magazine anglais Punch, lui-même crée sur le modèle du journal français l’Assiette au beurre. Cette revue qui s’adressait a une bourgeoisie de gauche était un véritable laboratoire d’idées grâce a la féconde émulation entre peintres, poètes, écrivains et dessinateurs.

Depuis 1993, Françoise Mouly est la “cover editor” du New Yorker et la gardienne de ce mariage entre le dessin et les lettres. Son étroit bureau est couvert du sol au plafond de dessins et de projets de couvertures. Un petit canapé en rotin semble tout droit venu d’une vielle maison de campagne.

Je la retrouve deux jours après le tremblement de terre d’Haïti. Elle vient de s’imprégner du travail d’un grand nombre d’artistes Haïtiens afin de trouver celui qui saura le mieux illustrer l’ampleur du drame. Baron Samedi et Grande Brigitte, grandes figures vaudou, qui aident les âmes à traverser la frontière entre mort et vie, sont choisis pour rendre cet hommage. Elle sait que ses lecteurs sont suffisamment sophistiqués pour ne pas avoir à écrire de légende ou d’explication. Ils chercheront. Car c’est cela le New Yorker: « le plaisir du processus de découverte, » me dit-elle.

Elle se sait aussi privilégiée par la qualité de son lectorat.  Elle sait que certaines couvertures nécessitent un effort de narration.  Mais chaque semaine, ses couvertures offrent une culture visuelle très pointue. Et c’est ce dialogue entre dessinateurs et lecteurs qui la passionne.

Sans fioriture, Françoise Mouly va à l’essentiel. Son métier d’editor implique aussi  d’être une muse pour ses dessinateurs. C’est d’ailleurs grâce à elle que Sempé a continué de collaborer avec le New Yorker et la plupart de ses dessins viennent d’être réuni dans son dernier livre Sempé a New York.

Et puis le dessin, c’est sa famille au propre comme au figuré.  Elle est mariée au dessinateur, Art Spiegelman, qui a reçu le prix Pulitzer pour sa bande dessine Maus. C’est aussi lui qui a croqué la couverture du New Yorker la semaine du 11 Septembre, 2001.  Ils ont ensemble une société d’édition de bandes dessinées pour enfant Little Lit et Toon Books qui publie le meilleur des comics Américains. Elle m’avoue avec fierté être sur le point de publier la première bande dessinée de sa fille de 22 ans.

Samedi, je retrouverai mon voisin de café autour d’un capuccino. Nous discuterons de Baron Samedi et de Grande Brigitte et je lui raconterai ma rencontre avec cette Française fascinante qui décide des couvertures de notre magazine préféré avec finesse, esprit et dès qu’elle le peut, beaucoup d’humour.