Le parcours modèle du modéliste

C’est au cinquième étage d’un immeuble de Tribeca que se cache le repère de Nicolas Caito. Sous les mansardes d’un studio clair et aéré, on y découvre la petite équipe qui entoure le modéliste français. Mais n’allez pas y imaginer la cachette secrète d’un créateur de mode. Nicolas Caito est modéliste. Il explique : « Les stylistes nous donnent un croquis, et on fait l’interprétation en volume de ces croquis. Les stylistes viennent voir, on essaie le modèle sur une fille et ils nous disent ce qu’ils en pensent. A partir de là, on leur fait le premier patronage qui va leur servir à monter le premier modèle qu’on voit ensuite défiler ». Parmi les grands noms de la mode américaine qui font appel à lui, Calvin Klein et autres Thakoon.

Les débuts du rêve américain

Un domaine auquel il était destiné puisque «une bonne partie de ma famille, du côté de mon père et du côté de ma mère, était dans la mode. Ils étaient tailleurs en Sicile puis en Afrique du Nord. J’ai grandi dans une famille pour laquelle le vêtement était important. C’est venu tout naturellement». Pour autant, dit-il, il a dû lui aussi faire le “douloureux apprentissage” et beaucoup de concessions.

Il entame donc sa carrière de modéliste à Paris, pour Lanvin, puis pour Hermès. En 2001, la maison américaine Bill Blass lui propose un poste de responsable d’atelier. Une réelle opportunité. « J’ai à peine réfléchi et je suis parti. C’était inespéré. En France, j’aurais dû attendre beaucoup plus longtemps avant qu’une telle chance ne se présente.». Mais l’équipe française est licenciée du jour au lendemain, en 2003. Retour à la case parisienne. C’est là que vient l’idée de créer son propre atelier. « Un matin je me suis réveillé en me disant « pourquoi pas le faire à New York ?». Je ne serais jamais venu installer une telle structure à NY si je n’y avais pas eu une pré-expérience. C’était déjà gonflé de venir faire ça ici, mais sans expérience préalable, ça aurait été carrément casse-gueule ».


A Frenchman in New York

Installer son propre atelier à New York. Un réel défi, même si en 2005 la conjoncture économique était plus clémente. Nicolas Caito s’est donc lancé dans l’aventure. Le plus dur au départ a été de savoir s’entourer des bonnes personnes. « A Paris, il y a une culture de la mode. Ici, j’ai trouvé un travail très approximatif au début. Les gens ne travaillaient pas avec le même soin que les parisiens. Mais ce n’est pas de leur faute. C’est comme demander à des français de faire des films hollywoodiens, c’est plus compliqué ». Moyenne d’âge à l’atelier, entre 25 et 30 ans. Pour lui, la jeunesse de ses collaborateurs est plus qu’un atout, elle est nécessaire. « C’est important de savoir s’entourer de jeunes parce que c’est plus « challenging », plus créatif. La mode est quelque chose qui évolue beaucoup donc c’est bien d’avoir des jeunes filles de 23 ans ici qui vous disent « bon ça c’est un peu rétro » ou « c’est pourri ».

La culture du challenge

Dès la rentrée 2009 Nicolas va se lancer un nouveau défi en ouvrant son atelier au public. Comprenez que vous pourrez vous offrir les services d’un grand atelier “à la parisienne” pour compléter votre propre garde-robe, même si cela reste une fantaisie à prix de luxe. Petite recommandation cependant, le but n’est pas de copier les vêtements de créateurs déjà existants. « La personne vient avec une idée, on l’accompagne dans sa recherche de matière et de modèle, on l’aiguille, un peu comme on fait avec les designers ». C’est là toute la nouveauté qu’il tente d’apporter à son atelier : plus de créativité.  « Il y a plus un côté investissement dans la qualité que pure mode. On viendra ici pour un beau manteau en cachemire ou une belle robe du soir, mais on pourra aussi la reporter, parce qu’elle est simple, discrète et à son image ».

A 40 ans, son succès outre-Atlantique, loin de lui monter à la tête, lui donne une vision plutôt réaliste de la mode américaine. Un changement de vision qu’il accueille comme un défi permanent, puisque le marché américain impose des exigences qui sont différentes de celles du monde de la mode en France. « La base reste identique mais ce que j’ai pu apprendre en France est sans arrêt remis en question ici, par un marché, une demande, vraiment propres à New York. Les gens ne créent pas ici de la même manière et pour les mêmes raisons qu’en France. La notion de marché est beaucoup plus présente et les contraintes sont davantage prises en compte qu’en France ». Et quand on lui demande s’il aimerait travailler de nouveau avec la haute couture française, la réponse est immédiate et tranchée : « Paris restera la capitale de la mode, pour un certains nombre de raisons qui font sa beauté mais qui font aussi que ça ne m’intéresse pas. Je suis excité par ce qui se passe ici. Les jeunes créateurs sont vaillants et pleins d’idée. Ils m’intéressent davantage que ces mammouths français ! »