Le pays de la censure, des ch’tis et de l’euro fort

L’Europe et les Etats-Unis ont beau partager un grand nombre de valeurs, ces temps-ci, la liberté d’expression n’en fait pas partie. «”Dieu créa la femme”… pour être muette?» titre le Washington Times.
Brigitte Bardot, ancien «sex symbol» agée de 73 ans, vient d’être jugée pour la 4ème fois pour incitation à la haine raciale envers les musulmans. Bien que l’islam soit une religion et non une race souligne le journal conservateur américain.

Si la vision française prévalait aux Etats-Unis, les cours américaines seraient débordées. L’«American-style» liberté d’expression, consacrée par le 1er Amendement de la Constitution, se fait rare, même parmi le «select club» des démocraties occidentales. «C’est triste à dire, mais si l’ancienne Marianne souhaite lancer le débat sur le futur de son pays, elle devra le faire de l’autre côté de l’Atlantique». Pourtant la France se fait plus que jamais avocate des droits de l’Homme…

«Perdre la face ou perdre des contrats?». Le magazine Time pose sans détour les enjeux d’un possible boycott des Jeux Olympiques de Pékin. Après s’être opposée avec fracas à la guerre en Irak en 2003 voilà que l’hexagone se lève contre la Chine. La France ne se prendrait-elle pas pour le nouveau «Don Quichotte»? Un parallèle qui «flatte indéniablement l’ego français». Mais la réalité de la position de la France est bien plus complexe, tempère le journaliste qui parle de «schizophrénie française». Qui doit-on écouter? La secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme, Rama Yade et ses “conditions”? Un ministre des Affaires Etrangères plutôt discret? Un Président très peu clair? Ou bien un Maire de Paris faisant du Dalaï Lama et de l’activiste chinois, Hu Jia, récemment condamné à 3 ans et demi de prison, des citoyens d’honneur de la capitale? De quoi si perdre tout court.

Toujours côté politique étrangère, Newsweek donne la parole au député UMP Pierre Lellouche qui titre «Saying “Oui” to NATO».
La fin de 42 ans d’histoire diplomatique française et une possible révolution des relations transatlantiques. Pierre Lellouche salue la décision, ambitieuse et risquée du président français de renforcer le contingent en Afganistan et de réintégrer le commandement intégré de l’OTAN. Rien n’est gratuit. En retour, Nicolas Sarkozy espère bien amener Washington à lever son veto contre la politique de défense commune européenne tenue en échec depuis 1954. Le pari est osé, d’une part personne ne connait le nom ni les intentions du futur président américain et d’autre part, «fatigués des guerres passées», les pays européens «ont abandoné leurs rêves de pouvoir et préfèrent désormais leur rôle de commentateur en chef (et critique) des Etats-Unis».
Réponse après la présidence française de l’Union européenne, fin 2008.

Le Boston Globe rend compte d’une autre révolution: Le «très conservateur secteur du vin» est traversé par un air de modernisme. Pour garder sa place de leader mondial, la France s’adapte et bon nombre de viticulteurs troquent le traditionnel bouchon en liège pour le très pratique bouchon à vis. Au grand dam des consommateurs français.

Côté lecture, la sortie aux Etats-Unis chez Alfred A. Knopf de “Dawn Dusk or Night”, plus connu sous le titre “l’Aube, le soir ou la nuit”, livre-enquête de Yasmina Reza sur Nicolas Sarkozy.
«Tandis que beaucoup de Français considéraient leur nouveau président comme un jeune leader dynamique enclin à moderniser la France, Yasmina Reza le décrit tout autrement. Impétueux, irascible, sentimental, souvent de mauvais goût et immature». Un portrait qui selon le journaliste du New York Times «colle» parfaitement au personnage…

Le New York Times revient sur l’imprévisible succès de “Bienvenue chez les Ch’tis”. 19 millions d’entrées contre chute de popularité de Nicolas Sarkozy. Simple coincidence? L’engouement pour la vie de village dans une région «unglamorous» et «untrendy» serait-il une sorte de réponse à la «politique pro-capitaliste» et au «mode de vie tape-à-l’oeil» du président?

“Hein?!”. Non, le Nord n’est pas prêt de remplacer la Provence ou Paris comme vitrine de la France et jusqu’à présent, personne ne se rue pour s’y installer. «Le prochain best-seller de Peter Mayle ne s’intitulera pas “Une année dans le Pas de Calais”»… D’autant plus que la France, au Nord comme au Sud, devient hors de prix pour les Américains. La faute à l’euro. Dans le Washington Post, l’écrivain Diane Johnson se lamente
sur son sort et celui des pauvres expatriés américains de Paris obligés, comme elle de renoncer aux déjeuners dans les bistrots (200 dollars d’économisés assure-t-elle) ou aux voyages en business-class vers le Californie (7000 dollars).

Evidemment, la complainte a déclenché un déluge de commentaires moqueurs des lecteurs du Post qui, en vrac, lui reprochent d’être snob, “out of touch” avec les Américains préoccupés par la récession annoncée ou encore d’avoir quitté son pays pour la France et d’avoir le toupet de venir se plaindre. Sollicitée par le Post, Emmanuelle Richard, journaliste française installée à Washington, rappelle à la pauvre écrivain riche que, même payés en euros, les Européens gagnent moins que les Américains et que faire ses courses à Paris, même en dollars, coûte moins cher qu’aux Etats-Unis…