Le plus américain des dessinateurs français

Pour une fois, je déroge à mon principe de n’écrire que des portraits d’artistes ou d’écrivains installés depuis longtemps à New York. Mais par son travail, par son art, Serge Bloch est d’une certaine manière un Américain, un juif newyorkais, même si sa parenthèse newyorkaise s’est déjà achevée. Je l’ai interrogé lors d’un passage à New York à l’occasion de l’ouverture de son exposition “People on the Block” à la galerie Living With Art à Soho.

Il a grandi en Alsace et fait les arts-déco à Strasbourg, où il a commencé sa vie professionnelle en créant une compagnie de communication, “Dans les Villes,” ainsi nommée en référence à Wim Wenders. Puis le provincial est “monté” à Paris en 1986, embauché par Bayard qui était alors une petite compagnie à ses débuts.
Tranquille, il roulait sa bosse d’artiste salarié et quand même indépendant (l’indépendance est sa plus forte revendication) quand l’Amérique lui est tombée dessus il y a un peu plus d’une décennie par hasard, sans qu’il ait à lever le petit doigt. Une agente américaine qui avait vu ses dessins lui a proposé de le représenter aux États-Unis: ce qui aurait gonflé de fierté la plupart des artistes de France, de Navarre et du reste de la planète n’a guère ébahi Serge Bloch, qui a simplement haussé les épaules en se disant que ça ne marcherait pas. Mais qui lui a quand même envoyé une vingtaine de dessins, comme ça, pour voir. Et le miracle a eu lieu: la Marlena Agency a vendu une série de dessins pour une campagne publicitaire d’une compagnie islandaise d’aviation, et petit à petit a placé les dessins de Serge Bloch dans des quotidiens–The New York Times, The Boston Globe, The Chicago Tribune, The Los Angeles Times–et des magazines: New York Magazine, Time Magazine…

Tous les quinze jours pendant huit ans, il a illustré une  colonne de la section “Science” du New York Times. Ainsi,