Le scooter débarque à New York

Que manquait-il à New York pour être vraiment une ville européenne ? La Vespa bien sûr. La révolution est encore discrète, mais regardez bien la prochaine fois qu’un chauffeur de taxi vous laissera reprendre votre souffle entre deux accélérations déjantées : le deux roues « à l’européenne » arrive. L’an dernier, les ventes de scooter aux Etats-Unis ont augmenté de 65 %. A New York, leur nombre a bondi de plus de 300 % depuis le début de la décennie.

Evidemment, on partait de très loin : avant 1996, très peu de scooters, en particulier pas les Vespas, étaient autorisés à l’importation. Leurs moteurs deux-temps ne répondaient pas aux normes anti-pollutions américaines. Les progrès technologiques du deux-temps ont mis fin à la prohibition.

Dix ans après, le scooter est au top, aussi cheap que chic. Le prix du pétrole y est sans doute pour quelque chose, qui permet une franche rigolade, quand, votre plein à 10 dollars terminé, vous croisez le regard désemparé du propriétaire de SUV, allégé de 70 dollars. Mais bien peu de « scooteristes » admettront ces motivations bassement matérielles –on est à New York. Si le scooter est dans le vent, c’est une question de style. Ce qui était jusqu’à peu réservé à quelques excentriques à tendance « village » traumatisés par la « Dolce Vita » devient une passion de Wall Street à Columbia.

L’engin est encore suffisamment rare pour demeurer un signe distinctif et les claquements du moteur à piston un cri de ralliement pour « jeunes urbains actifs au-dessus du lot et conscients de l’être ». Puisqu’un New

Yorkais ne manque jamais une occasion de networking, les clubs se multiplient dans la ville (Donne Veloci : rien que pour les filles, ou le Checkers Demons , consacré aux scooters vintages. Liste exhaustive ici.

Le problème c’est que la mode n’a pas subitement transformé la ville, ses rues, et les habitudes de ceux qui les peuplent. Bref, le scooter dans New York reste exigeant. Il faut un permis spécial deux roues (class M), quelque soit la cylindrée de l’engin. L’administration vous fera passer un test écrit + un test pratique.
Vient ensuite l’état des routes et les fameux nids de poule de New York. “Mais le principal obstacle, c’est à coup sûr le stationnement”, dit Neil Barton, un des fiers fondateurs du New York Scooter Club.
Le logo du NY scooter club
Barton s’est même fendu d’un op-ed dans le New York Times en septembre dernier sur le sujet. “Contrairement à d’autres villes des Etats-Unis, New York n’autorise pas le stationnement sur les trottoirs et ne prévoit pas non plus de places de stationnement spécifiques”. Résultat, il faut stationner au milieu des voitures “et alors on est presque sûr de retrouver son scooter cabossé, dans le meilleur des cas” par un automobiliste qui pratique le créneau “au feeling”…

Al, avocat et membre du NY scooter club également, confie la méthode la plus adaptée: “se garer sur le trottoir et enlever sa plaque d’immatriculation pour échapper au ticket“. Cet été, le NYPD a lancé une “opération scooter” et plaçait en une seule journée des dizaines de deux-roues en fourrière.
Vespa, qui domine le marché, est entré en contact avec la ville de New York pour tenter d’obtenir la création d’espaces de stationnement réservés.