Le Taxi passe à New York

Tout commence à Londres, en 2005, quand Maud Franklin se fait percuter par un taxi, alors qu’elle traversait la rue. Cette ancienne étudiante aux Beaux Arts de Strasbourg est hospitalisée à l’hôpital de Garches pendant plusieurs mois. Là elle réalise des portraits de ses amis en fauteuil roulant, à l’aide d’un appareil photo qu’elle pose sur ses genoux et se met à écrire : « Après l’accident, je me suis rendue compte que j’étais devenue anachronique par rapport aux autres. Les gens vont vite, et ne te voient pas. Il fallait que je m’adapte et me reconstruise. Au fur et à mesure que je redécouvrais mon corps, par fragments, j’avais des poussées d’écriture.» nous explique-t-elle. De ces “poussées” naît donc Le Taxi, dans lequel Maud raconte son corps, sa reconstruction et ses désirs, avec brutalité et fraîcheur. “Avant de commencer à écrire je connaissais déjà et appréciait beaucoup les peintures de Francis Bacon ou les photos d’Eadweard Muybridge. J’ai toujours travaillé sur le corps. Dans un société où il existe un tel culte du corps parfait, je trouve cela important d’en parler.

Pour illustrer Le Taxi, Nathalie Trovato n’est pas entrée en contact avec Maud : « Le texte était déjà écrit quand j’ai commencé mes dessins, mais je ne voulais pas être influencée», nous raconte Nathalie. Pour ponctuer l’histoire, elle décide d’utiliser la linogravure (technique qui consiste à creuser la partie blanche du dessin), afin d’accentuer les contrastes, et cette vie qui bascule du blanc vers le noir.

Installée à Brooklyn depuis deux ans avec son mari, Nathalie Trovato, également artiste, a voulu amener Le Taxi jusqu’à elle, à New York, l’occasion de rencontrer Maud Franklin pour la première fois. « Je l’ai découverte de manière déstructurée, à l’image de son livre. D’abord à travers ses textes, puis par mail, téléphone et cette fois ce sera en personne.» De l’autre côté de l’Atlantique, Maud Franklin, ayant déjà vécu à New York, est ravie de faire le voyage. C’est en riant qu’elle nous raconte: « Un an après mon accident, j’ai voulu regarder le ciel, mais comme je ne sens pas le sol, j’ai levé la tête et là je me suis retrouvée par terre… Je ne suis pas revenue à New York depuis mon accident, mais une chose est sûre, je devrais faire attention à ne pas trop regarder les grattes-ciel ! »

Lectures au Rizzoli Bookstore (31 West 57th Street) le 13 avril, puis à Brooklyn, le 16 avril à Greenlight Bookstore (686 Fulton Street) et le 22 avril à BookCourt (163 Court Street).

EXTRAIT:

MON CORPS a deux vitesses. je vais vieillir mais en même temps récupérer petit à petit des capacités physiques. je me suis naïvement dit que ça allait m’aider à vieillir. jeune avec une canne, ça a encore son charme, on se demande dans la rue, on s’interroge, mais plus tard vieille je serai une canne parmi tant d’autres. le fait de récupérer des capacités ne va pas me faire rajeunir ni même m’enlever ma canne ! c’est horrible d’être vieux ! ils marchent avec une canne et parce que tout le monde trouve ça normal personne ne les regarde. quand je croise un vieux dans la rue avec une canne, je lui dis bonjour avec la mienne. on se sourit. mais c’est parce qu’on a le temps de se dire bonjour merde !

Le blog de Maud Franklin : http://letaxidemaudfranklin.blogspot.com/

Le site de Nathalie Trovato: www.nathalietrovato.com