Le Thanksgiving de la francophonie

Le Père Jacques Lapointe n’en croit pas ses yeux. Ce doux soir de Thanksgiving, alors que les rues de New York étaient calmes (voire désertes), plus de deux cent personnes, essentiellement des Africains francophones, ont fait irruption dans le grand gymnase de l’Eglise Saint Stephen de Hungary dans l’Upper East Side de Manhattan, où l’association Carrefour tenait son premier repas de Thanksgiving. De quoi (agréablement) surprendre le fondateur de cette organisation qui vient en aide aux populations francophones de New York. « Jamais je n’aurais imaginé qu’autant de personnes viendraient, avoue le Père Lapointe au milieu d’une joyeuse cacophonie. Cela montre que la francophonie est une famille ».

Pour ces ressortissants d’Afrique francophone, le repas de Carrefour a permis de recréer à New York le sentiment de communauté qu’ils ont parfois perdu en traversant l’Atlantique. Confrontés à la barrière de la langue, parfois à la pauvreté et l’isolement, ces immigrés, de plus en plus nombreux à New York, doivent faire face à de nombreux défis à leur arrivée aux Etats-Unis. Souvent en situation irrégulière, ils vivent de petits boulots et de débrouille, sans pouvoir se projeter dans l’avenir. Depuis 2007, Carrefour leur offre de la nourriture, des vêtements, mais aussi une panoplie de services de conseil, d’aide à l’immigration, d’éducation et de soutien spirituel. Une aide d’autant plus nécessaire aujourd’hui que la récession plonge de nombreuses familles africaines dans la détresse, et que l’arrivée de nouveaux immigrés, en provenance de zones d’instabilité, gonfle d’année en année les rangs des populations les plus fragiles.

[ad#Article-Defaut] « Il y a beaucoup de francophones qui découvrent Thanksgiving aujourd’hui », indique le Père Lapointe, natif de la province francophone du Nouveau-Brunswick dans le Sud Est du Canada. « Pour nous, il est important de montrer que les francophones ne veulent pas rejeter la culture du pays qui les accueille. Célébrer ce Thanksgiving ce soir, c’est montrer qu’ils veulent s’intégrer en gardant leur couleur et leur diversité. C’est le Thanksgiving de la francophonie en quelque sorte. »

Pour sa part, Wendy Sawado, une Burkinabaise arrivée il y a seulement six mois à New York, mordait pour la première fois à pleines dents dans cette tradition américaine. « Sans ce repas, je serai restée à la maison seule dans la tristesse, affirme la jeune femme, qui alterne études et petits boulots. Ici, je mange dans la joie, je rencontre d’autres personnes et je retrouve une famille. »

Face au succès de l’événement, qui a également permis la distribution de manteaux d’hiver, Carrefour promet de ressortir la dinde l’an prochain.