Le frisson sonore au bout des doigts

Il vous accueille avec un grand éclat de rire. Avec son crâne rasé et son large sourire, Vincent Gillioz est de ceux qui parviennent à vous mettre à l’aise en un rien de temps. Dans sa maison de Burbank, le fief des studios, Vincent Gillioz donne son identité sonore à un film. Installé dans la métropole californienne depuis 10 ans, le compositeur de musique de films ne compte pas moins de 35 long métrages à son actif.

A 23 ans, Vincent Gillioz a décidé de quitter sa ville natale, Genève, pour aller voir ce qu’il se passait outre-Atlantique. Ses quatre ans passés au Berklee College of Music à Boston l’ont enthousiasmé : c’est là qu’il a découvert qu’il pourrait faire de sa passion pour la musique son métier. Il y apprend la composition de musique de film et l’interprétation. Mais le retour en Suisse est un coup dur. “J’étais dans un monde de créativité, d’optimisme à la sauce “tout est possible”, se souvient-il. Une ambiance qu’il ne retrouve pas au Conservatoire de Genève où il étudie la composition de musique d’avant-garde.

Son diplôme en poche, le jeune Gillioz met donc le cap sur LA mais ne se fait pas trop d’illusions. “Dans la profession, les gens mettent entre trois et cinq ans avant de pouvoir vivre de leur travail et de ne faire que ça”. Il s’estime donc chanceux : ça ne lui a pris qu’un an et demi. Tout est affaire de talent mais aussi de contacts. “Il faut savoir se vendre, c’est assez ingrat”, concède-t-il.

Sa rencontre avec Christopher Young est décisive. Le compositeur américain de musiques de film d’épouvante est un pilier dans le milieu (Spider Man 3, The Grudge, The Exorcism of Emily Rose…). C’est grâce à lui que Vincent Gillioz est sélectionné au Sundance Composers Lab, un atelier réputé dans le monde des compositeurs à Hollywood. C’est à ce moment là que sa carrière décolle. 

Mais à quoi sert la musique dans un film? Pour le compositeur suisse, la musique est un outil et un film peut très bien exister sans musique, comme avec Le Projet Blair Witch. Mais quand elle est présente, la musique sert à souligner l’action, l’intrigue, comme dans La Guerre des étoiles, James Bond ou les westerns. Elle peut aussi parler à l’inconscient ou au subconscient quand elle contraste avec l’image ou sème le doute. Vincent Gillioz n’aime pas être étiqueté. “J’ai composé la musique de films d’action, de drames ou de comédies romantiques”, souligne-t-il. “Ce qui compte, c’est l’émotion[…]”