Les bars à chicha, paradis des fumeurs… de nicotine

Tut’s a ouvert sur Orchard Street il y a deux ans, à peu près au même moment qu’une quinzaine d’autres, dans un rayon de vingt blocs. «On se fait pas mal d’argent, explique Andrew le manager, le tabac ne coûte pas cher et on a de plus en plus de réguliers».
Le nombre de hookah bars (bar à chicha) sur New York a considérablement augmenté depuis environ 3 ans. On en recense une quarantaine dans la ville. Les propriétaires de ces fumoirs sont majoritairement égyptiens, mais Russes et Polonais arrivent en masse. Il faut dire que le marché est intéressant: «Le tabac pour le narguilé me coûte 1 dollar, en dehors du prix de l’importation. Les clients eux, le paient entre 20 et 40 dollars» dit le manager de Tut’s.


Nombreux sont ceux qui estiment que le succès des bars à chicha est une conséquence du «Smoke-Free Air Act” qui a pris effet en mars 2003 sur une proposition du maire Michael Bloomberg. D’après le Department of Health and Mental Hygiene, les bars à chicha ne sont pas exemptés de la loi. Seuls ceux qui ont ouverts avant le 31 décembre 2001, comme le Karma Lounge, ont l’autorisation de laisser leurs clients fumer la cigarette. Les bars à chicha résistent en jouant sur le fait que la loi de 2003 n’est pas claire, interdit-elle le tabac ou la nicotine ? Tut’s, qui n’a pas la tobacco licence assure ainsi une chicha avec un substitue de tabac, sans nicotine. Le Department of Health vient environ une fois par mois vérifier que le mélange fumé est “tobbaco free”. Andrew, le manager, explique : « les amateurs ne font pas la différence entre le “tabac” sans nicotine et celui avec nicotine. Mais pourtant croyez-moi, c’est incomparable, avec la nicotine c’est tellement meilleur». Ce qu’Andrew avouera par la suite, c’est que le substitut de tabac lui permet de montrer patte blanche à la douane ou lorsque le Department of Health se présente. Mais lorsque des connaisseurs viennent fumer, il n’hésite pas à sortir son «bon» tabac.

La loi de 2003 permet de fumer la cigarette dans les établissements existants en 2001 et dont au moins 10% du revenu provient de la vente de tabac. En pratique, cela ne laissait survivre qu’une dizaine de bars à cigares dans la ville. Cependant, cette exception ne s’applique qu’aux bars qui vendent également de l’alcool, comme les bars à cigares.

Bien que l’amende soit plutôt salée ($10 000), certains établissements prennent le risque de laisser leurs clients fumer la cigarette. Pour le Souk, l’un des plus fameux hookah bar et restaurant de New York qui tolère la cigarette, ce n’est pas vraiment un risque. Un ancien employé confie, qui travaille désormais pour un autre hookah bar : «Le propriétaire connaît beaucoup de monde. Les flics touchent de l’argent pour fermer les yeux sur ce petit écart à la loi. Le propriétaire y gagne à laisser les gens fumer et en payant les flics».


Si la ville de New York décidait d’interdire formellement les hookah bars, ils n’en souffriraient pas tous de la même manière. Certains d’entre eux, recyclés en restaurant et en night club, sont à l’abri. «Si on perd le hookah, ce n’est pas grave, les gens continueront de venir pour l’ambiance, déclare Andrew, seuls les petits cafés, qui ont tout basé sur le narguilé ont à perdre“.

Tut’s, 196 Orchard Street. Tel: 212 777 0890

Le Souk, 47 Avenue B. Tel: 212 777 5454

Karma Lounge, 51 1st Avenue. Tel: 212 677 3160