Les chefs étoilés succombent à la mode «lounge»

Moins guindés et plus relax que la salle principale des restaurants étoilés, les lounges proposent les mêmes plats mais à la carte. Alors on butine de lounge en lounge : le programme d’une soirée réussie peut être par exemple de commencer par un cocktail à Aquavit, un plat à The Modern à quelques rues puis remonter un peu Madison Avenue et finir avec un dessert à Daniel. Pour un circuit « downtown », pourquoi pas un appetizer à Perry Street et un plat à Del Posto ? La salle de restaurants est aux puristes de la gastronomie, ce que le lounge est aux bohèmes. Peace, love and lounge.

Pas de crainte quant à la qualité du service, ce n’est pas parce que le lounge est une option moins onéreuse que le personnel a moins d’égard. Au contraire, les chefs sont ravis de montrer leur savoir-faire, étape préliminaire avant l’ultime expérience du restaurant. Attention tout de même à l’affluence, les lounges sont en passe de devenir plus populaires que la salle. French Morning en a sélectionné six, au coeur de Manhattan.

Daniel
Le lounge de Daniel Boulud n’est pas moins cher, mais plus flexible que la salle, et rien n’est enlevé au cérémonial. Niché entre Madison et Park Avenue, le lounge de Daniel, avec ses tables aux teintes ocre et ses banquettes cossues, est la «cantine» du quartier. A midi, une faune très littéraire descend des maisons d’édition toutes proches pour s’offrir une version abrégée du menu qui change avec les saisons. Le soir, les «riverains», c’est-à-dire Woody Allen et Michael Douglas, s’arrêtent pour un plat à la carte comme une «Paupiette de loup blanc dans une coquille de pomme de terre croustillante avec une sauce Syrah» ($ 43), véritable signature du chef. Pour terminer, des mignardises et un panier de madeleines tendres et fumantes tout juste sortie du four. Oubliez Proust, le souvenir de ces gâteaux est tout simplement pavlovien.

Daniel, 60 East 65th St., New York, NY 10021 – tel. : + 1 212 288 00 33 –

Nougatine
Arriver comme une fleur dans l’un des restaurants du chef français chéri des Américaines Jean-Georges Vongerichten tient du miracle. Antichambre du temple de la gastronomie qu’est le restaurant Jean-Georges, Nougatine est une salle moins formelle, mais tout aussi désirable, perchée dans l’immeuble icône new-yorkais : le Time Warner Building. Même maître des cérémonies, mais autre menu, avec des plats moins complexes et une ambiance différente. Ici, l’expression « Less is more» prend tout son sens : d’un côté, des fenêtres donnent sur Central Park, de l’autre, exposition vivante de la cuisine. On peut déguster des plats entre $ 25 et $ 28 parmi lesquelles les joues de veaux laquées au soja et au vin sucré, tout en regardant avec un sourire satisfait les convives qui traversent pour rejoindre le restaurant du maître, dans la salle voisine.

Nougatine à Jean Georges, 1 Central Park W. (entre 60th and 61st Sts), New York, NY 10023 – tel. : + 1 212 299 39 00 –

Perry Street
Nicole Kidmann, Lenny Kravitz, Adam Sandler en a fait leur QG. Ils viennent admirer le coucher de soleil sur la rivière Hudson, l’un des atouts majeurs du lounge de Perry Street, autre restaurant estampillé Jean-Georges Vongerichten. Le restaurant est situé au rez-de-chaussée d’une des tours Richard Meier dans le West Village. Le décor moderne, épuré à la «Calvin Klein» – ce dernier vit d’ailleurs dans un penthouse à l’étage -, est l’écrin d’une cuisine d’une précision chirurgicale. Goûtez un cocktail maison : une vodka limonade thym ($ 10) avec quelques appetizers. Le crépuscule a laissé dans le ciel un sillon rosé et incandescent, c’est magnifique et ce n’est pas l’effet de la vodka !

Perry Street, 176 Perry St, New York, NY 10014 – tel. : + 1 212 352 19 00 –

Aquavit
Au menu, du smörgâsbord, complété de la mention «canapés» entre parenthèses. Ici, ce plat typique est en fait un assortiment d’amuse-bouches ($ 19) que vous pouvez déguster au lounge d’Aquavit, un élégant restaurant de midtown dirigé par le chef suédois Marcus Samuelsson. Confortablement installé dans un fauteuil du designer danois Arne Jacobsen, nous vous conseillons une dégustation d’Aquavit, un spiritueux scandinave créé il y a des années pour guérir toutes sortes d’infections et mieux, conférer l’immortalité ! Pour une version plus new-yorkaise, testez l’ Aquapolitan, référence au légendaire Cosmopolitan, à base d’aquavit, de liqueur d’orange, de citron vert, et de jus d’airelles. ($ 14).

Aquavit, 65 E. 55th St. (at Madison Ave), New York, NY 10022 – tel. : + 1 212 307 73 11

Eleven Madison Park
Dans son restaurant qui donne sur Madison Square Park, le chef Daniel Humm réinterprète subtilement un plat phare de son prédécesseur : le «Flan de pois anglais avec ses morilles» est désormais une soupe «Cappuccino de pois du jardin avec de la menthe et des morilles de l’Oregon». Pour déguster flan ou cappuccino, asseyez-vous à l’une des tables à côté du bar, les seules places du restaurant où l’on peut commander «à la carte». Si l’endroit art déco, avec un plafond immense, manque d’un peu de chaleur, le panier de gougères chaudes ($ 9), autre signature du restaurant, ne manquera pas de vous mettre du baume au coeur.

Eleven Madison Park, 11 Madison Ave (at 24th St), New York, NY 10010 – tel. : + 1 212 889 09 05

Enoteca à Del Posto
Aux confins du meatpacking district, Del Posto, la diva des restaurants italiens, affublée de ses colonnes en stucs de son marbre digne de la salle de bain de Donald Trump est le dernier restaurant de Mario Batali. Le maestro, dont la réputation repose pourtant sur un une cuisine italienne rustique et traditionnelle, a fait preuve d’extravagance avec son restaurant « Las Vegas ». Avec son parking à valets, son petit tabouret pour les sacs à main des dames, ou de la tasse de thé chinois de l’âge des cavernes à $24, le restaurant semble avoir été dessiné pour attraper dans ses colonnes les gens les plus fortunés.

Si vous trouvez tout cela un peu too much, prenez plutôt place à Enoteca, un espace moins formel au premier étage, et goûtez les Pennette picchi-pacchiu, des pâtes cuisinées à la perfection, assaisonnées à l’oignon rouge, cuites à l’étuvée avec une bonne pincée de poivre rouge, un grand filet d’huile d’olive et fini avec un éclat de basilic frais. Un must à $12. Choisissez un vin (tous italiens sauf les pétillants). Vous êtes aux premières loges pour regarder la Commedia dell’ arte qui se joue à Del Posto.

Del Posto, 85 10th Ave., New York, NY 10011-tel. : 212 497 8090.

The Modern
«Une oeuvre d’art à l’intérieur d’une oeuvre d’art», annonce le guide Zagat, la bible des restaurants new yorkais. Permettons-nous d’ajouter que le dessert «Baies épicées en papillote» accompagnées d’une glace à la vanille ($ 14) est une oeuvre d’art, dans une oeuvre d’art dans une oeuvre d’art… Vertigineux ! Tout comme le «Modern New York cheesecake» avec des mangues fraîches et des amandes ($ 10) qui marie les textures et s’accorde divinement avec un vin blanc sucré d’Alsace comme le gewurztraminer Furstentum Grand Cru Vendanges Tardive de 2000. Petit bémol : assis au lounge, ou à l’une des cocktail tables, vous n’avez pas la vue sur le jardin de sculptures du Moma, réservée à la salle principale. Pour vous consoler : au choix, admirer une photographie, simple et majestueuse intitulée Clearing de l’artiste allemand Thomas Demand derrière les banquettes ou le mobilier et la vaisselle des maîtres modernes du design danois. Les mêmes sont exposés dans le musée.

The Modern, 9 W. 53rd St. (près de Fifth Ave), New York, NY 10019 – tel. : + 1 212 333 12 20