Les élèves des lycées français dans la course à l’Université

Pour la majorité des élèves français des Etats-Unis, l’avenir est américain. Au Lycée Français de New York, par exemple, depuis une dizaine d’années, 60% restent étudier aux Etats-Unis, 20 % vont au Canada quand 15 % seulement retournent en France. Même rapport à l’Ecole Franco Américaine de New York (French American School of NY ou FASNY), située dans la ville de Mamaroneck, qui vient d’ouvrir cette année deux classes de Terminale (S et ES), soit 23 élèves, et qui n’en enverra que 2 en France, au grand dam parfois des parents effrayés par la colossale note de droits d’entrée des universités américaines.

La dizaine d’élèves interviewés pour cette enquête est unanime: le système éducatif anglo-saxon a leur préférence. Une autre voix l’encense, celle d’Yves Thézé, proviseur du Lycée Français. Cet ancien prof d’anglais, diplômé de l’université de Haute Bretagne, exerce dans les pays anglo-saxons depuis près de vingt ans. Pour lui, une fois que les élèves ont goûté au « confort des classes à 15 » et aux « profs qui les portent », il leur est difficile d’accepter l’anonymat des classes préparatoires surpeuplées en France.

Mais la compétition est serrée. Le niveau n’a cessé d’augmenter depuis 30 ans. Yves Thézé résume : « Au début des années 80, si vous aviez mention bien ou très bien, vous rentriez dans les universités de l’Ivy League (les 8 universités les plus prestigieuses, ndlr). Aujourd’hui, si on arrive à faire rentrer un ou deux élèves par an, on est bien content. » C’est la raison du lancement du bac franco-américain, qui livrera ses premières promotions en 2011. Avec 3 matières en anglais, il se veut plus souple et donc plus compétitif que le bac français avec option « international » (OIB) en vigueur.

Les Terminale S du FASNY à Mamaroneck en cours d’Histoire-géographie. Le cours fait partie des deux matières en anglais du Bac français à option « international ».
Tout commence par les SAT (Scholastic Aptitude Test), une série de tests standardisés pour l’admission dans les « colleges » américains, que certains passent dès la Seconde et surtout en Première. L’objectif ? Obtenir le meilleur score sur 2400 points. Pour Margaux, élève de Terminale au Lycée Français, là réside la première difficulté pour les jeunes francophones. « Ces tests sont plus difficiles pour nous qui avons reçu une éducation française. Si l’on veut des meilleurs scores que les Américains, il faut se préparer longtemps à l’avance et avoir un tuteur à l’extérieur du lycée. » Ce qui a un coût. Margaux, que ce long processus d’inscription a rebuté, postule pour des prépas HEC en France, elle n’a donc rien fait de tout ça ; mais elle voit bien ses camarades, déjà bilingues, remplir des fiches de vocabulaire afin d’améliorer encore leur maîtrise de la langue.

En Première, ils se renseignent sur les « colleges » : leurs formations, le « look » du campus. Claire Champigny, en Terminale à Mamaroneck, a passé tous ses congés scolaires l’an dernier avec ses parents à visiter les campus d’une dizaine d’universités, de New York à Montréal.

Savoir se vendre

La clef pour ces jeunes est de savoir se vendre, mieux, de se faire vendre. Yves Thézé considère que l’étiquette bilingue sur les dossiers de ses élèves n’a pas de valeur ajoutée quand ils arrivent en même temps que des milliers d’autres, sur les bureaux des responsables d’admission. Rien de tel qu’un bon conseiller d’orientation. Mais, à mille lieues des experts français de la désorientation, dans le système américain, le conseiller d’orientation aide moins l’élève qu’il ne le promeut. L’Ecole franco-américaine a engagé son « college counselor » il y a deux ans, pour son carnet d’adresses. L’air sympathique, le verbe posé, Paul Martin, un Américain, est la force tranquille. Il les connaît tous, ces responsables d’admission. Sa mission : les convaincre de prendre un de ses élèves plutôt qu’un autre. Il est l’auteur de 23 lettres de recommandation, qu’il a profilées selon l’élève et sa demande, et a relu autant d’essais (l’essai est la pièce maîtresse de tout dossier d’inscription : au minimum une page où l’on se raconte, de façon à accrocher l’attention de l’enrôleur.) Autrement dit, sans conseiller, pas d’université. Certains parents scrupuleux engagent parallèlement un conseiller privé.

Margaret Neil, élève Américaine au Lycée Français, pense que comme tout processus d’inscription, le processus américain est imparfait, mais elle préfère cela à un concours, ou à une acceptation universitaire basée seulement sur les notes du bac. Car les universités américaines sont sensibles aux talents individuels des postulants. Claire a ainsi ajouté à son dossier un enregistrement de deux de ses chansons. Un aspect que ces élèves peuvent exploiter sans difficulté car les deux établissements huilés à la mode américaine proposent moult activités extrascolaires.

La semaine avant d’envoyer son dossier, en décembre dernier, Claire passait ses journées , « de 8h du matin à 3 du matin le lendemain » à le peaufiner. « Je n’ai jamais autant travaillé !», sourit-elle. En février dernier, elle a su qu’elle était acceptée à l’université de Mc Gill à Montréal, une de ses préférées. Certes, elle aurait bien voulu Columbia et ses bâtiments historiques, mais elle l’avoue elle-même, « c’était un peu trop dur ». Aujourd’hui, tout est fini, elle respire de nouveau. Ses journées sont maintenant libres… pour réviser le bac !