Les Français, ces empêcheurs de tourner en rond.

Les grèves du jeudi 29 janvier font la une de l’actualité des deux cotés de l’Atlantique. Les journaux américains retiennent surtout deux leçons de cette journée de manifestations: premièrement, elle a été moins suivie que prévue; et deuxièmement, ce jeudi n’a pas été si “noir” que cela, puisque grâce à Nicolas Sarkozy, les Français goutent désormais aux joies du service minimum. Le Washington Post note que les manifestants ne cherchaient pas à soutenir des revendications spécifiques, mais plutôt à crier leur colère et à montrer leur union face au président français. Pour le New York Times, les choses sont un peu différentes. Selon le correspondant David Jolly, les grévistes étaient là pour réclamer un plan de relance “Obama-style“, c’est-à-dire plus ambitieux et plus important. De son coté, le Time Magazine cède à une description un peu plus catastrophiste des événements, soulignant que “même les banquiers d’Euronext sont descendus dans les rues“. En revanche, c’est la réaction de Sarkozy qui fait l’unanimité chez les trois magazines: avec un ton conciliant et compréhensif, celui-ci a fait le bon choix de ne pas reculer.

Pour rester dans le registre de la France qui râle, Tracy McNicoll publie un long portrait d’Olivier Besancenot dans Newsweek. La thèse de la journaliste est simple: la montée en puissance d’un tel personnage ne peut s’expliquer que par une crise profonde de la société française, et elle n’hésite pas à employer le terme de “dysfunctionnal”. Avec l’effondrement financier mondial, la France, en plus de s’exclamer “On vous l’avait bien dit!”, s’enfonce encore plus à gauche, avec pour résultat de profiter au leader d’extrême-gauche, déplore-t-elle. Elle le qualifie de “cartoonish” (caricatural), mais accentue son poids politique: selon ses propres mots, c’est “une star“, “la figure la plus importante de l’opposition“. Si elle moque sa jeunesse et son statut de postier, elle reconnait que ce sont ses deux atouts principaux pour séduire une France qui s’est précipitée en masse voir “Bienvenue chez les Chtis” (l’histoire d’un postier de province justement).

Les leaders de gauche ont décidément la cote dans la presse américaine, puisqu’un article du Washington Post revient sur le parcours de José Bové, sur fond de “guerre du Roquefort”. Edward Cody explique comment ce fromage est devenu une triste victime collatérale de la mondialisation, avec pour conséquence directe l’ascension de figures altermondialistes comme José Bové. Si la récente mesure douanière de faire passer les taxes d’importations sur le fromage de 100 à 300% n’est rien d’autre qu’une provocation américaine, ce n’est pas la première dans l’histoire du roquefort. Le reporter s’est rendu à Roquefort-sur-Soulzon, le bastion natal de l’odorant fromage, pour revenir sur la défense controversée du patrimoine français, et la façon dont les petits exploitants locaux lutter pour survivre contre le fromage gout caoutchouc.

Abandonnons l’économie française pour le rayon potins. Le NY Post publie un article sur Kozy, le petit surnom intime de Nicolas pour les lecteurs du journal, et son nouveau régime miracle. Nous apprenons ainsi qu’il a récemment perdu deux tailles de pantalons grâce au coaching efficace de Julie Imperiali, une ancienne athlète française de 26 ans. Elle s’occupe désormais de la santé du président, avec au programme de la remise en forme, jogging intensif, musculation du périnée, et interdiction de consommer du chocolat, dont, selon sources sûres, Sarkozy était un accro. Pour Julie, Nicolas est l’élève parfait, “toujours prêt et motivé“. En plus d’amincir la silhouette du président, cet entrainement sportif a une autre conséquence heureuse: l’amélioration des performances sexuelles. C’est Carla qui doit être contente.

Jeff Israel, dans le Time du 30 janvier, se demande justement si Carla Bruni n’est pas un traître pour l’Italie. Le 2 février marque l’anniversaire du couple présidentiel, et à cette occasion, les journaux italiens font plutôt mauvaise presse à la première dame de France remarque le journaliste. Si sa vaste opération séduction s’est montrée efficace dans presque tous les pays du monde, à commencer par la France, l’Italie fait figure de seule ombre au tableau. Au centre des polémiques, les italiens n’ont pas supporté son supposé lobbying pour bloquer l’extradition de terroristes (Cesare Battisti en tête) vers l’Italie. Ensuite, ils s’insurgent qu’elle ait pu abandonné la nationalité italienne au profit de celle de la France. Sur ce dernier point, Carla Bruni s’entoure d’un flou controversé. Pour se retrouver une place de choix dans l’égo froissé de ses compatriotes, le journaliste du Time lui conseille tout simplement d’engager une agence de PR italienne.