Les millions de Marie-Monique

C’est un milliardaire au bout du fil: Robert Wood Johnson IV. “Je voudrais que mon fils (1 an et demi) apprenne le Français”. Accueil enthousiaste de Marie-Monique Steckel, qui lui dit à quel point il a raison, que ces petits sont “amazing”. La présidente du FIAF (French Institute-Alliance Française) aime que des Américains veuillent apprendre le Français. Quand ils sont riches et célèbres, elle adore. Robert Wood Johnson IV, un des héritiers de la fortune Johnson&Johnson, propriétaire de l’équipe de football des Jets, est aussi un très célèbres philanthrope new-yorkais. Bref, le coup de fil, et les futures leçons de français de “Robert Wood Johnson V” peuvent rapporter gros à l’Alliance Française si le papa est satisfait.

Y penser toujours et en parler sans cesse: être à la tête de l’Alliance Française (“la plus grande du monde” assure-t-elle), organisation entièrement privée, c’est être “sans cesse en train de chasser l’argent”. Depuis l’arrivée de Marie-Monique Steckel à la tête de cette “petite PME”, en 2004, le budget a augmenté de plus de 50 %, pour atteindre aujourd’hui 8,5 millions de dollars annuels. Environ la moitié provient des quleques 250 classes de français (qui s’autofinancent et paient également pour la bibliothèque), le reste de “généreux donateurs”, mélange savant de Français qui ont réussi aux Etats-Unis et d’Américains francophiles.

Le secret? “Avoir beaucoup d’amis”. Sa longue expérience dans le business franco-américain (elle fut notamment patronne de France Telecom North America), ses relations politiques (au ex-RPR, dont elle fut la directrice de la communication), sa fréquentation des riches and famous new-yorkais (avant de prendre la tête du FIAF, elle était “senior advisor” de Ronald Lauder, héritier d’Estée Lauder) y font beaucoup. Une bonne dose d’énergie aussi sans doute, pour cette grand-mère de 6 petits-enfants, mère de deux enfants “franco-américains” qui, dit-elle, “se demandent pourquoi je m’obstine à en faire autant”. Quand on lui demande si “ça vaut le coup”, elle s’arrête, marque un long silence: “c’est beaucoup plus long que je pensais de voir germer les fleurs”.

Le gala “Trophée des Arts”, organisé ce mardi 27 novembre va permettre de lever plus de 800 000 dollars, sans compter les résultats des enchères pendant la soirée, pour une audience mélangeant “beautifuls” francophiles (ou Français) et personnalités du business, qui ont payé entre 10 000 et 50 000 dollars la table. Dans la première catégorie, cette année, le FIAF honore James Ivory, réalisateur francophile; dans la deuxième, Pierre Bellon, le fondateur de la société de restauration collective Sodexho, très implantée aux Etats-Unis. La touche de glamour est apportée par Uma Thurman, qui viendra remettre son trophée à James Ivory.

Comme elle le fait toujours, Marie-Monique Steckel rappelle que “sur les 4 millions de dollars d’activités culturelles que nous organisons chaque année, le gouvernement français donne une subvention de 44 000 dollars”. Le bâtiment du FIAF entièrement renconstruit et inauguré en 2006, a coûté 20 millions de dollars, dont un million de subventions françaises. C’est un don anonyme d’un Américain, pour 5 millions de dollars, qui a permis de mener à bien le projet.

Faire du FIAF une référence culturelle, un endroit “où on trouve une programmation pointue et éclectique” est une gageure dans une ville où la concurrence ne manque pas. Le tout nouveau festival “Crossing the lines” lancé cet automne a cette ambition. “Ca a très bien marché, mais nous sommes les Sisyphes de la scène culturelle new-yorkaise; il faut sans cesse recommencer, toujours trouver des publics différents. Le modèle, c’est le BAM (Brooklyn Academy of Dance), ils ont un public mais cela leur a pris 25 ans!” Le mandat de Marie-Monique Steckel s’achève en 2009. “Il va me manquer le temps pour pouvoir établir vraiment le FIAF à New York”. Une pause et puis: “Ah! Si j’avais un million de dollars de plus…”