L’euro fort gâche le Noël des exportateurs français

Pour les 8 premiers mois de 2007, les exportations françaises vers les Etats-Unis sont en baisse de 7 %. “Il est trop tôt pour dire à quoi cette baisse est due, ni même si elle va se confirmer” commente prudemment Hervé Ochsenbein, le patron de la Mission économique new-yorkaise. Mais les entrepreneurs français de New York sont moins prudents: “l’euro nous fait très mal” dit Françoise Magis, directrice aux Etats-Unis de Valcrest, une coopérative qui exporte notamment des fromages de chèvre. “C’est d’autant plus difficile pour les entreprises françaises qu’elles vendent majoritairement des produits finis, contrairement par exemple aux Allemands, qui vendent des produits d’équipement” constate Eric Feuillate, consultant à New York.

Pour saler l’addition, dans le secteur alimentaire, il faut “en outre ajouter les coûts des matière premières, comme le lait, ou le verre ou encore le blé (pour la vodka), qui se sont envolés” souligne Eric Duchesne, responsable agro-alimentaire à la Mission économiques. Bref, les prix en dollars grimpent de 10, 15, 20 % faisant craindre des pertes de part de marché. “Jusque là, nous avons réussi à continuer à croître parce que nous sommes sur le haut de gamme, des produits pour lesquels les consommateurs sont moins sensibles aux prix, note Françoise Magis. Mais dans le secteur des fromages de chèvre ordinaires, par exemple, la production “made in USA” bénéficie d’un coup de pouce énorme du fait de la différence de taux de change”.

Pour ne pas voir leurs parts de marché s’effondrer brusquement, les entreprises françaises ont toutes adopté la même stratégie: réduire leurs marges. “La pression concurrentielle est très forte, donc les entreprises n’ont pas le choix, estime Yves Coléon, dirigeant de Transmark Partners, consultant pour des PME françaises qui s’implantent aux Etats-Unis. La croissance permet de compenser partiellement, mais les marges qui, traditionnellement étaient plus élevées aux Etats-Unis, particulièrement dans les secteurs haut-de-gamme, ont souffert”. Cliente d’Yves Coléon, la marque de lingerie Simone Pérèle a ainsi vu ses marges bénéficiaires réduites de 8 à 10 % du fait de la chute du dollar.

Pour tenter de minimiser les pertes, certaines entreprises tentent de dépenser aux Etats-Unis les dollars qu’elles y ont gagné plutôt que de rapatrier en France des bénéfices dévalués par le taux de change. Eric Feuillate cite un de ses clients, exportateur de vins qui “achète ici tout ce qu’il peut, bouteilles, bouchons, etc, plutôt que de rapatrier ses bénéfices en essuyant les pertes”.

Et l’euro fort peut même devenir une bonne nouvelle: tout à coup, les acquisition d’entreprises américaines deviennent beaucoup plus abordables pour les acheteurs français. “S’implanter et produire ici est finalement la meilleure garantie contre les fluctuations de change, mais aussi les problèmes réglementaires ou politiques” note Eric Duchesne. Et de citer en exemple la success story de La Tourangelle, petite entreprise familiale d’huiles installée à Chartres, qui a ouvert une unité de production en Californie. “Ils font désormais plus de chiffre d’affaire ici qu’ils n’en font en France!”