L’hiver est long à Manhattan…

Chère Viviane,

J’ai les blues. Je ne sais ce qui m’arrive mais j’ai un cafard envahissant. Cela allait plutôt bien, les enfants acceptés à l’école, la transition au travail de mon époux établie, quelques connaissances avec qui prendre un café et soudainement, je m’effondre comme si le soleil ne se levait plus pour moi. Pourquoi je me traîne ? Pourquoi je n’ai envie de rien ? C’est quoi cette ombre sur ma vie ?
Mady de Chelsea.

Chère Mady,

Il fait froid, les manteaux sont serrés, les écharpes bien nouées, les têtes recouvertes de bonnets et les mains protégées du vent glacial. Welcome to Manhattan en Janvier ! Rude surprise n’est ce pas ; un choc pour le corps, un choc au cœur et même pour certains, un choc au moral. Il a été constaté que certaines personnes souffrent du « mal saisonnier », à savoir qu’avec les changements de saisons, en particulier en hiver, lorsque la nuit tombe trop tôt, et que le réveil est encore sombre, les états d’âmes chutent vers la lassitude et souvent la déprime.

Personnellement ce qui m’a permis d’accepter le froid, la glace et la neige toutes ces années est ce ciel bleu, limpide qui trône, tel une peinture de Magritte par-dessus les gratte-ciels au moins quelques jours par semaine. Bien entendu cela ne compense pas assez pour tous et peut-être Mady, souffrez vous de ce mal? Essayez de vous procurer une lampe qui reproduit la lumière du jour ou bien sortez dehors emmitouflée à l’heure du midi et promenez vous dans Central Park ou encore, allez vous baigner de lumière en regardant les magnifiques tableaux Impressionnistes abrités dans les musées locaux.

D’un autre coté, il arrive que ce cafard dont vous parlez soit lié à autre chose. J’imagine que vous êtes arrivée en plein été, le soleil battant son 40° et vêtue de robes légères et de sandales vous avez profité d’une ville bronzée où il fallait se réfugier dans un magasin pour échapper un moment à la chaleur humide. Vous voici environ 7 mois plus tard, le gros du labeur étant fait, la famille tourne et le silence commence à se faire sentir, ou est- ce la solitude? Psychologiquement vous étiez en action, tournée vers la gestion du quotidien en n’ayant guère de temps pour vous poser des questions personnelles. Vos tâches sont accomplies, à présent comment recréer une vie qui vous fasse du bien? Votre famille et vos amis intimes vous manquent furieusement, même les repas dominicaux vous paraissent alléchants et vous sentez l’océan de la séparation vous engloutir progressivement…

Je reconnais que de se faire des amies de cœur, des vraies, ces sœurs de complicité demande de la patience, de la confiance et ne plus craindre de se révéler à nue. Sans oublier toutes les histoires et souvenirs vécus en gardant les secrets enfouis «promis craché». Voici un point positif que vous ignorez peut-être: vous êtes à Manhattan dans une métropole qui compte environ 60.000 expatriés Français, l’association New York Accueil compte 570 membres francophones avec leurs familles. Quelle aubaine. Je vous encourage dès à présent de vous lancer vers «l’amitié». Je sais, pas toujours facile de se jeter à l’eau, d’être celle qui débarque, celle qui débute et celle qui est en demande. En vous investissant dans une activité, en devenant bénévole au sein de l’association soudainement vos connaissances deviendront des copines qui se transformeront plus vite que vous ne pouvez l’imaginer en amies. Il ne s’agit pas de remplacer les vieilles amitiés mais plutôt de créer de nouveaux liens bâtis par solidarité et besoins réciproques qui vous permettront de vous sentir comprise et incluse.

Je sais que cette année est tout particulièrement stressante pour nos expatriés envoyés aux US au nom de leur entreprise. Ces temps économiques influent non seulement sur la sécurité financière mais entraînent aussi une inquiétude au sein du travail qui bien entendu se transmet sur le bien-être de la sécurité familiale. Certaines familles ont tristement déjà été rapatriées, d’autres attendent une décision venant d’en « haut »…

Croyez-moi, c’est en particulier en période de crise et de «blues» qu’il faut faire des efforts de rencontres, de sorties, en se racontant les uns aux autres. Vous avez sans doute déjà constaté combien les Américains reçoivent moins volontiers chez eux, préférant manger au restaurant ; une soirée qui se terminera donc tôt et où la conversation restera prudente. Chez nous, recevoir est un plaisir, le débat, une obligation et la tournée se terminant aux petites heures au son d’une musique de slow romantique. C’est un bonheur nécessaire, voire indispensable que nous importons de ville en ville, de pays en pays. Cette tradition culturelle ne demande ni de mettre les petits plats dans les grands, ni d’être cordon bleu, ni de servir du tournedos au foie gras. Une pleine assiette de pattes avec une sauce bolognaise (faite maison), une salade composée, une petite crème caramel, accompagnées de plusieurs bouteilles de vins (le champagne peut rester au frais) et l’affaire est réussie.
Quel merveille d’anti-dépresseur au natural que de se retrouver autour d’une table, de bavarder sans faire d’effort de prononciation ou de mémoire en dévoilant candidement déboires, bourdes, succès et récompenses d’une expérience partagée…

Nous avons besoin les uns des autres surtout quand le moral baisse avec la température, que la télévision ne raconte que les débâcles et qu’il faut se serrer la ceinture alors qu’à votre arrivée le nuage ne faisait que poindre à l’horizon. Croyez-moi je ne minimise pas votre cafard car je le reconnais. Chaque année à cette époque mon téléphone au bureau sonne plusieurs fois par semaine avec des appels de jeunes femmes troublées de se sentir affaiblies, tristes et souffrant de douleurs incompréhensibles, à la fois bouleversées et bouleversantes. Bien entendu, venir me consulter fait du bien mais honnêtement, malgré tous mes talents, je pense sincèrement que de se sentir seule, isolée, voire ignorée est souvent le fond de l’histoire émotive.
Alors, tournez- vous vers les autres, entraînez votre conjoint, sautez le pas comme vous avez encouragé vos enfants à le faire à l’école, et commencez rapidement les « play-dates » entre grandes personnes.
Bonne route et meilleur cheminement vers un fleuve chaleureux au bord de l’amitié et puis si cela ne suffit pas je suis « just a phone call away ».

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