L'homme qui aimait les monstres

Si Patrick Tatopoulos avait pu choisir son monde, ce serait celui des robots, des monstres et des extra-terrestres. A défaut, il en a fait son métier. Le Mr. Créatures d’Hollywood a opéré dans des films aussi célèbres que Godzilla, Stargate, Independence Day, Aliens vs. Predator ou encore Dracula de Bram Stocker. Son travail : concevoir des créatures plus vraies que nature pour faire hurler le public de terreur.

Patrick Tatopoulos, Français d’origine grec, a grandi au biberon de la science-fiction : “Mon film culte à l’époque, c’était La Chose, de John Carpenter, un film d’horreur sur une forme de vie extraterrestre maléfique qui infiltre une station de recherche scientifique en Antarctique”. Avide spectateur, le jeune Tatopoulos ne se voit pourtant pas travailler un jour en coulisses.

“J’étais un garçon parisien assez timide”, se souvient-il. Timide mais doué. Il entre à l’école des arts décoratifs et est propulsé aux Beaux-Arts. Mais claque tout à 17 ans et part en Italie en train. Il y passe trois ans comme graphiste : “c’est là que j’ai commencé à toucher à l’indépendance”. Et il y prend goût. Ses racines grecques le titillent, et il décide d’explorer le pays de sa lignée paternelle. Il y restera 10 ans cette fois. Il exerce sa passion à plein en touchant à l’illustration de magazines, de restaurants et même de planches de surf : “C’était très éclectique”, relate-t-il.

Tout change à la fin des années 80, lorsqu’un de ses amis lui met sous le nez Cinefex, un magazine sur les effets spéciaux : “ça montrait les trucs des concepteurs de monstres à Hollywood”. Une vraie révélation pour le jeune Tatopoulos qui se procure d’emblée de l’argile afin de créer ses créatures. “Du dessin à la sculpture, il n’y a qu’un pas“, précise-t-il, “car tout est dans la tête”. En quelques semaines, il créé cinq monstres, les prend en photos et s’envole pour Los Angeles, La Mecque en matière d’effets spéciaux.

Tout ne s’est pas fait sans heurts, mais Tatopoulos décroche au final un contrat avec une petite entreprise d’effets spéciaux, Makeup Effects Lab. De là, sa carrière est lancée. Il est le “French creature designer” d’Hollywood et se forme peu à peu un réseau. Il créé et supervise les monstres d’Underworld et Underworld 2 : Evolution, d’I, Robot et de Godzilla. “Le monstre de Godzilla a été la créature mécanique la plus grande jamais construite à l’époque”, raconte-il fièrement”. Patrick Tatopoulos fabrique, à l’aide de 172 employés, un Godzilla de plus de 10 mètres de haut et neuf autres créatures plus petites : les “baby-zillas”, qui sont les bébés du monstre dans le film.

Après ce projet phare, Patrick Tatopoulos continue de superviser les créatures d’Independence Day et de Stargate de  Roland Emmerich. Les projets s’enchainent à 100 à l’heure, mais qu’importe, ce fou de vitesse est dans son élément. “Mon secret pour déstresser, c’est de faire des pointes le dimanche matin à l’aube avec ma moto”, confie-t-il. Il ne dira pas à combien il pousse son bolide, mais son circuit improvisé, c’est la Angeles Crest Highway dans les montagnes San Gabriel.

Aujourd’hui, Patrick Tatopoulos a quelque peu tourné la page des créatures. Assis dans son studio de Culver City, il a gardé son esprit rebelle. Il porte un bouc finement taillé, une longue crinière ondulée et un anneau discret dans l’oreille gauche. “Je déteste m’encrouter”, lâche-t-il. Son truc, maintenant, c’est la réalisation. L’impact du numérique dans la conception de monstres y est peut-être pour quelque chose : “Avec le CGI – Computer Generated Imagery – on perd les sculpteurs, la construction physique des créatures, mais cette nouvelle technologie ouvre la voie à un monde de possibilités en matière d’effets spéciaux”, tempère-t-il, citant l’exemple des oiseaux chevauchés par les Na’vis dans Avatar. En 2009, il a réalisé Underworld 3 : le soulèvement des Lycans. A l’automne, il va s’attaquer au tournage de “The Colony”, un film d’horreur souterrain, où un groupe de survivants sont forcés de se réfugier sous la terre par la prochaine glaciation. Là, ils doivent lutter pour préserver l’humanité face à une terrible menace… Gore et frissons en perspective.