L’homme qui collectionnait des maisons

Petit, Robert Rubin aimait déjà les beaux objets et se passionnait pour les voitures de collection. Elevé dans le New Jersey, Robert fait d’excellentes études à Yale et à Columbia et poursuit une carrière dans la finance. Plus tard dans sa vie, il sillonne le monde pour acquérir des voitures de collection dans le but de participer à de nombreuses compétitions amateurs.

Après 25 ans dans la finance, où il fait fortune, Robert décide de se dédier à une autre de ses passions : l’architecture, particulièrement celle du 20e siècle en France. Il est actuellement enseignant à Columbia où il poursuit un doctorat en histoire de l’architecture.

Des voitures aux maisons

Son attirance pour l’aspect mécanique des objets (grâce aux automobiles) le conduit au début des années 90 à assister (par hasard car il était la pour acheter des meubles crées avec des pièces détachées de voitures par Ettore Bugatti) à une vente aux enchères de meubles de Pierre Chareau. Il ne connaissait pas son travail mais en acheta quelques pièces. Intrigué par le créateur, il pousse ses recherches et commence à collectionner du mobilier de cette époque dessinés par Charlotte Perriand, René Herbst et d’autres artistes.

«Pour moi, une voiture est un objet qui a une fonction et une structure. Dans une voiture ancienne on retrouve la fusion entre l’art et l’industrie,» confie-t-il. Il retrouve ces mêmes caractéristiques dans le mobilier de Chareau et plus tard dans l’ouvre de Jean Prouvé. Très rapidement, Robert apprécie l’art de ces créateurs du 20e siècle et se donne comme mission de faire profiter le grand public de ces chefs d’oeuvres.
La Maison Tropicale exposée à New York en juin dernier

A la fin des années 90, il finance un projet de l’antiquaire Eric Touchaleaume: le rapatriement de Brazzaville de trois maisons conçues entre 1949 et 1951 par Prouvé. Les trois prototypes, nommés Maisons Tropicales, démontrent parfaitement le côté visionnaire de Prouvé, le père du préfabriqué esthétique et industriel très en vogue de nos jours. Les maisons ont été conçues dans l’espoir que le gouvernement en commande beaucoup pour héberger fonctionnaires installés dans les colonies. L’indépendance du Congo en 1960 met fin au rêve de Prouvé et surtout envoie dans les oubliettes ses trois prototypes.

Lorsqu’on les a localisées, les maisons étaient en piètre condition et avaient été pillées. Des trois, Robert en a gardé une dont il assure à Paris la restauration totale, pour plus de 1 million de dollars. Pourtant, la vente de la maison pièce par pièce aurait pu lui rapporter plus de 10 millions de dollars.

Mais se refusant de garder un tel chef d’œuvre pour lui tout seul et d’en tirer profit, Robert fait voyager la maison aux USA où en 2005 elle est exposée sur le campus de Yale University et ensuite sur le campus de UCLA ou de nombreux étudiants se penchent sur l’étude des maisons préfabriquées.

Pompidou aux US

Lors de l’Art Basel/Miami Beach en 2006, Robert présenta la maison lors d’une exposition sponsorisée par la Centre Pompidou Foundation, dont il est le président. La fondation, basée aux US, a comme mission de faire connaître aux américains la collection d’architecture et de design du Centre Georges Pompidou.

Robert a depuis fait don de la maison tropicale à la fondation. Le prototype de La Maison Tropicale est exposée depuis janvier 2007 au 5e étage de Beaubourg dans la nouvelle présentation des collections permanentes.

Son ex-associés, l’antiquaire Eric Touchaleaume a lui remis en vente sa maison tropicale qu’il avait acquise (la plus grande des trois) aux enchères. Le 5 juin l’hôtelier André Balasz (propriétaire de nombreux hôtels de luxe) l’a achetée pour un peu moins de 5 millions de dollars. Bien qu’il n’ait pas révélé où il placerait la maison, Balasz a dit à Frenchmorning avoir «un espace prévu spécifiquement pour la maison.»

Robert a depuis revendu une grande partie de sa collection de meubles. Mais son amour pour l’architecture de cette époque ne s’arrête pas à Jean Prouvé.
Il y a quelques années, il acheté un autre pilier de l’architecture du XXème siècle: La Maison de Verre, dessinée par Pierre Chareau avec la collaboration de l’architecte Bernard Bijuouet et du métallurgiste Louis Dalbert entre 1928 et 1932. La Maison de Verre est un espace extrêmement fonctionnel, qui fusionne modernisme et industrialisme grâce aux matières utilisées : le verre, le fer et le béton. L’approche de la construction démontre aussi le côté moderniste de Chareau qui complétait ses plans au fur et à mesure que la construction avançait.

La Maison de Verre, cachée dans la cour d’un immeuble du 7e arrondissement, fut la première maison résidentielle à faire usage de briques en verre pour construire la façade.

Afin de rendre la maison plus habitable par lui, sa femme Stéphane et leurs trois enfants, Robert entâme des rénovations intenses. Et il prévoit déjà des visites hebdomadaires. « Une maison est tout d’abord une maison et doit être visitée et perçue comme une maison vivante, » conclue-t-il.