Liberté de la presse, ratatouille et sécu

La France n’est pas le paradis de la liberté des médias, à en croire un article du New York Times titré «liberté de la presse en France : le droit de dire ce que les hommes politiques veulent». L’article fait un petit tour des grands noms des medias en France : «Arnaud Lagardère qui appelle M. Sarkozy un “frère”, Martin Bouygues, parrain du fils de dix ans de M. Sarkozy, et Vincent Bolloré qui a prêté au président son jet et son yatch», aussi Bernard Arnault, «témoin de mariage de M. Sarkozy» et propriétaire de La Tribune. Le New York Times rappelle qu’Alain Généstar, rédacteur en chef de Paris Match «a été poussé dehors par M. Lagardère sous la pression de M. Sarkozy à propos de la publication en une d’une photo de Cécilia Sarkozy et son compagnon à une époque où elle était séparée de son mari», et que le JDD a enterré son enquête selon laquelle Cécilia Sarkozy n’avait pas voté au deuxième tour.

Doreen Carvajal et Katrin Bennhold notent qu’«il n’a fallu que quelques jours à Rue89 pour émerger comme un refuge online pour les articles politiques critiques et les lecteurs suspicieux de liens entre le nouveau président français et les barrons des médias du pays». (Le petit paragraphe fait bien plaisir à ceux qui ont un sac de couchage dans ce refuge «impertinent».)

France de rêve

Deux films sortis cette semaine sont l’occasion d’un petit tour dans une France de rêve : Sicko, le documentaire de Michael Moore, et, dans un genre différent, le dessin animé Ratatouille.

Pour ceux qui n’ont pas vu le film de Moore, sachez que dans une scène mémorable, il va voir un couple de Français et leur demande quels sont les plus gros postes de leur budget après la maison et la voiture (on imagine que des Américains parleraient de leurs frais médicaux ou l’université des enfants). «Ze fish», répond madame. Et puis, «ze vegetable», ajoute t-elle, pendant que la caméra se penche sur le bac à légumes.

«Oui, écrit le New York Times le portrait utopique de la France dans Sicko est peut-être exagéré, mais trouvez-moi un réalisateur – spécialement un primé deux fois à Cannes – qui ne soit pas Francophile

Le système médical français «n’est pas aussi superbe que l’affirme Sicko, mais il est plutôt bien», en profite pour expliquer Business Week.

Dans un classement récent de l’OMS, la France se classait première alors que les Etats-Unis étaient en 37ème position. On y apprend que la mortalité infantile en France est de 3,9 pour 1000, comparé à 7 aux Etats-Unis, l’espérance de vie, à 79,4 ans, est de deux ans de plus qu’aux Etats-Unis et que la France a plus de lits d’hôpitaux et de médecins par tête que l’Amérique. Les Etats-Unis pourraient s’en inspirer. Sauf que « {la France rembourse ses médecins à un taux bien inférieur à ce qu’accepteraient des médecins français». } En plus, «les médecins français n’ont pas d’écrasant emprunts étudiants à rembourser parce que leurs études de médecines sont payées par l’état» ni d’assurances exorbitantes à payer.

Ceci dit, les coûts de la santé augmentent aussi en France. Le système mériterait d’être réformé, observe l’article de Business Week, mais il y a peu de chance que cela se produise parce que les Français y sont très attachés. Et il reste moins cher et couvre mieux la population que le modèle américain. Et de citer Shanny Peers de la French American Foundation : «la France a un meilleur système pour moins cher, et tout le monde est couvert».

Après les hôpitaux français, les cuisines françaises. On y entre grâce à Ratatouille. «Le sujet (du film) c’est la nourriture, le héros est un rat et le décor la France. Les ingrédients de Ratatouille ne semblent pas trop appétissants. Mais essayez. Vous adorerez», écrit Newsweek sur son site internet.

Le rat Rémy quittera le giron familial pour réaliser son rêve: faire la cuisine du restaurant autrefois tenu par son héros Gustave Gusteau. «Ratatouille a peut-être l’air français, mais son message de réalisation de soi contre tous ne pourrait être plus américain».

Le Chicago Times s’est demandé comment Janeane Garofalo, la voix de la cuisinière Colette, avait appris à jouer une Française. «Je ne suis pas allée en France et je n’ai pas appris le français à l’école. J’ai juste imité un présentateur français sur CNN.»

Le producteur raconte dans Newsday que cela faitsait cinq ou six ans que l’équipe avait prévu d’appeler le film Ratatouille. «Mais à un moment, les types du marketing ont commencé à dire: et si les gens n’arrivent pas à le lire ? et s’ils ne peuvent pas le lire et pas le prononcer, ils ne peuvent pas en parler à leurs amis. Est-ce que c’est une bonne idée ?» Il est finalement allé défendre l’idée devant Steve Jobs (le patron du studio Pixar, producteur du film) pour avoir son feu vert.

En parlant de bouffe, «parfois dans la vie, vous êtes en train de manger une galette de riz sec en prenant une gorgée de boisson protéinée fadasse. Et un ami rentrant de Paris ou Lyon vous dit “les français vivent de fromage, de chocolat, de cigarettes et de vin et ils n’ont presque jamais de crises cardiaques et ils vivent plus longtemps que nous”. Serait-il possible que les Américains sacrifient inutilement leurs pêchés et plaisirs, pour avoir des seniors français qui portent des toasts à leur enterrement?» s’interroge Keith Humphreys, psychiatre de Stanford dans le San Francisco Chronicle (Ou plutôt fait semblant de s’interroger car il a la réponse : «le légendaire french paradox a été un peu exagéré par des gens qui aiment titiller leurs amis soucieux de leur santé, ou par des gens qui gagnent leur vie à vendre du fromage, du chocolat, des cigarettes et du vin». Mais les Américains gagneraient à prendre quelques habitudes françaises. Par exemple «les Français qui boivent de l’alcool ont tendance à ne pas varier la quantité de jour en jour. A la différence de beaucoup d’américains qui ne boivent pas d’alcool pendant la semaine et beaucoup le week-end, ce qui augmente le risque de crise cardiaque». Les Américains pourraient aussi manger des plus petites portions, et plus lentement «plutôt que de descendre des frites hamburger entre des messages de Blackberry», ce qui fait stocker du gras.

La modération, «c’est la meilleure leçon à retenir des Français».

Une revue de presse par semaine sur French Morning, pas plus.