Linguini à la sauce mafia

C’est le début de la fin. Et cette fois-ci, c’est pour de bon. Carmela, Tony et tous les affreux vont aller retrouver les Corleone, Henry Hill, et Sonny LoSpecchio au panthéon des personnages mafieux.
Le compte à rebours a commencé. Encore 7 épisodes et puis, ce sera fini des fat fuck et des who’s gonna get wacked.

Alors, si ça vous démange de prolonger le bonheur et que les re-runs n’y font rien, vous pouvez aller à la découverte du real stuff. Rien de tel qu’un dîner dans un restaurant mafieux, entouré de gros messieurs aux cheveux gominés qui s’appellent Vitto, Joseph ou Franky.
On pourrait avoir l’impression que New York a été gentrifiée à mort, pourtant, l’Italian Connecion est toujours là.

Pour les hard-core sopranistes, commencez dans le Niou Djoyzee, avec I Cavallini, qui s’autoproclame « ristorante & Lounge ». Une réplique de Nuovo Vesuvio, avec lambris dans la salle à manger, tentures plissées aux fenêtres et statues de chevaux à l’extérieur. Du grand kitch italianisant. Et le serveur Vitto qui vous accueille en vous suggérant de ne pas tourner le dos à la porte d’entrée, « parce qu’on ne sait jamais ». La clientèle est plutôt éclectique, mais quelques spécimens méritent une mention spéciale. Le soir de mon passage, un monsieur en costume arrive accompagné d’une femme beaucoup plus jeune que lui, coiffée aux bigoudis. Il s’absente pour aller aux toilettes. Quand il revient, il place une liasse de billets dans le sac à main de la dame et elle se met à pleurer. Face à mon air décontenancé, ma copine Denise, qui a grandi avec les frères Bonano à Staten Island, me propose une explication de texte, « Oh, il vient sans doute de la quitter. Ca veut dire que c’est fini entre eux ! » Gulp. Vous reprendrez bien un peu de spaghettis with meatballs.

Allez, en route pour le Bronx. Direction Arthur Avenue, une avenue qui n’est plus de son temps, dans un restaurant qui n’est plus de son temps non plus. Dominick’s. Ne leur dites pas que c’est un « mafia joint ». Ici, on appelle ça un restaurant « family style ». Pas de menu, pas d’addition, pas de cartes de crédit, pas d’embrouille. Tellement décor de cinéma, qu’il y a même l’allée sombre sur le côté, où l’on imagine que plein de rotules ont dû connaître leurs derniers jours. Dominick’s sert de la cuisine italienne qu’on ne trouve nulle part ailleurs que dans ce genre d’établissements, des praires à l’ail, de l’artichaut farci et du veau braisé. Quant aux pâtes, elles dégoulinent de red sauce. Arrosez le tout d’une bouteille de chianti et pas de grimace quand arrive l’addition. Inutile de traîner dans le quartier. Le patron à qui on demandait où aller prendre un verre après un dîner gargantuesque, répondit, très sobrement « Eh, retournez dans le West Village ! »

Ah, le tour d’horizon ne serait pas complet sans Rao’s. La Mecque du restau mafieux, un temple sacré de la sauce causa nostra. Vous pouvez dès maintenant commencer à travailler sur vos connections, parce qu’à moins d’être connecté, vous n’y mangerez jamais. Alors, si le cousin du frère de votre comptable a un plombier d’origine italienne qui connaît la sœur du barman et qui peut peut-être vous avoir une table dans 3 ou 4 ans, allez-y bichonnez tout ce petit monde.
Rao’s est le dernier vestige de l’Harlem italienne. Une devanture pleine en rouge, un petit bar surplombé de guirlandes, 8 tables, et basta. Une réservation ? fuggetaboutit ! Ici, on possède sa table, à l’année. On est le « premier jeudi du mois », ou le « 3e samedi ».

Rao’s est une légende qui a vu défiler tout ce qui se fait de mafieux, de connu, de politique. Quand Madonna est arrivée un soir à l’improviste, elle a gentiment été expédiée dans le prochain taxi. Sorry lady, we’re fully booked. Le patron Franck Pellegrino est aussi acteur. C’est lui qui joue le rôle de l’agent du FBI dans les Sopranos. On vous jure, c’est un décor plus vrai que nature, où les gros messieurs ont tous la poche intérieure de leur costume boursouflée. S’il doit se passer quelque chose, c’est là que ça arrivera. Comme c’est arrivé il y a 3 ans, quand Louis (Lump Lump) Barone a dézingué un client qui avait insulté la chanteuse. Pas de bol pour moi, Louis, c’était ma connection pour Rao’s, le cousin de mon plombier qui avait sa table. Damn it !