L’insolite restaurant d’Anne Apparu

Anne Apparu fait partie de ces artistes qui donnent à New York ce piquant envoûteur. Le 18 Novembre dernier, c’est dans une galerie de Chelsea qu’elle a installé ses fourneaux. Le 18 Septembre, elle s’est emparée d’une ancienne Synagogue de Lower East Side. Et cet été, ses convives se sont trouvés surpris de diner à l’intérieur d’une bulle géante du Centre d’Architecture de New York. The 18th Restaurant n’a tout simplement pas d’adresse. Depuis juin 2008, Anne Apparu fait voyager ses amis artistes -auxquels se greffent chaque 18 du mois de curieux gourmets- dans ces endroits insolites de l’underground new yorkais.

« Ma mère me confiait la cuisine du restaurant quand j’avais à peine 16 ans ». Cette passion se serait imposée à elle comme une évidence. Fille d’un chef corse renommé et d’une mère restauratrice, Anne a depuis petite baigné dans les recettes, les saveurs et les ustensiles. Quand elle a décidé d’en faire son métier, elle y a ajouté une touche très personnelle. Yin et Yang, spiritualité et Liberté seraient la concernant des traits de caractère. Et quand elle ne régale pas ses proches –« j’ai toujours été celle responsable des grandes casseroles pendant mes études »- Anne organise des tablées dont la date et le lieu sont postés par email parfois 48h avant le jour J. « J’ouvre un resto le temps d’une soirée, et je propose aux gens une conversation désintoxiquée », m’explique Anne dans son petit jardin de Brooklyn Heights, où elle partage un joli brownstone avec quelques amis.

Le matin du 18, elle se rend dans une ferme de l’Hudson Valley acheter des produits frais et cuisine toute la journée pour nourrir les quelques 70 personnes qui répondent à l’invitation. Tenante des ingrédients bio et naturels, Anne élabore pour la soirée un menu unique, pariant sur le mélange des couleurs, des recettes traditionnelles et plus farfelues et sur sa bonne étoile. Le soir venu, rien en elle ne laisse apparaître un stress qui serait justifié : les tables sont élégamment dressées, la décoration recèle de détails séduisants et chaque nouvel arrivant est accueilli comme une vieille connaissance. « Pourtant, précise Anne, je n’y arriverais pas sans leur aide » dit-elle en désignant le petit monde –des amis, ses frères et sœur, sa mère – qui s’active en cuisine. Côté scène, le service est dépareillé, pas une chaise n’est semblable à sa voisine et la cire des bougies coule naturellement le long des chandeliers. Le contraste entre la qualité de la réception et cette impression troublante d’improvisation est des plus réussis.

« Comment fait-elle ? » sont les mots qui reviennent à chaque bouche. Ceux qui l’a connaissent répondent sans se lasser « C’est Anne ! », ajoutant qu’elle n’est heureuse qu’en faisant plusieurs choses à la fois. Pourtant, il y a quatre ans qu’elle a décidé d’arrêter de travailler à plein temps dans les cuisines, refusant de vivre le rythme effréné que menaient ses parents. Elle vit sa passion autrement, à travers par exemple ce potager collectif qu’elle cultive sur le toit d’un building de Bowery Street avec l’idée d’“autonourrir” l’immeuble. « New York m’a fait confiance immédiatement, alors mes dîners sont des célébrations de ce que m’a apporté cette ville » explique Anne, et d’ajouter : « Ici, pas besoin de toque et d’étoile pour faire un bon restaurant ». Pas d’adresse, pas de menu plastifié non plus. Juste une date, le 18.

Pour s’inscrire sur la guest list : the18threstaurant@gmail.com – Prix du dîner : 27$ – Les boissons sont à la charge des invités.