L’ombre de mon mari

«Tout a commencé avec Londres. C’était sympa, nouveau et donc excitant. J’avais trouvé un petit boulot dans une boutique de fringues ultra branchées de Soho et nous sortions tous les soirs pour profiter de la vie à fond. La société financière pour laquelle mon mari Michel travaille l’avait envoyé là-bas pour développer la branche Europe. Deux ans plus tard ce fut Hong Kong. Nettement moins drôle malgré la magie de l’endroit. J’ai enchaîné les petits boulots sans intérêt, bien en dessous de mon niveau d’études, mais nous nous étions mis d’accord, ce qui comptait c’était la carrière de Michel. Après trois années passées là-bas, et à tout juste 34 ans, son avenir s’annonce brillant. Le mien ? Ce déménagement super glamour à New York il y a déjà 9 mois est la tragique confirmation que je suis devenue malgré moi, l’ombre de mon mari, ou encore pire, « l’ombre de son ombre » comme le chantait Brel. À force de ne penser qu’aux autres et surtout à lui, je me suis oubliée en route. Je n’existe plus ».

C’est une jeune femme grise et vide que j’ai en face de moi, son corps semble éteint. Pourtant elle ne me fait pas pitié, loin de là. Faire face à son problème, être capable de s’avouer que l’on a besoin d’aide pour s’en sortir, et se livrer tout de go à un inconnu comme moi fait preuve d’une grande témérité. «C’est gentil de me dire ça, je me trouve plutôt pleurnicheuse et peureuse». De quoi avez-vous peur? «La peur de finalement me redécouvrir et de ne pas aimer ce que je vois. La peur d’exister pour moi-même et de voir mon monde, même moche comme il est maintenant, s’effondrer comme un château de cartes».

Chloé est à bout de souffle, au sens propre comme au sens figuré. Je veux qu’elle prenne conscience du courage qu’elle possède et qu’elle l’utilise vite pour pouvoir commencer à remonter la pente. «Je suis l’assistante d’une styliste de mode de talent certes, mais complètement tyrannique et hystérique, et qui intellectuellement et culturellement ne m’arrive même pas à la cheville. J’ai eu ce job grâce à un collègue de Michel qui la connaît bien. Je n’ai pas su dire non à l’époque». Et aujourd’hui ? Si je suis là pour l’accompagner et l’épauler quand il le faut dans le voyage vers elle même qu’elle est en train de s’offrir, c’est à elle de faire le premier pas, celui qui lui prouvera qu’elle est encore bien vivante. «Démissionner ? j’en rêverais ! mais quand ? comment ? et que va t’on dire de moi ?». Mon silence en dit long. Sa réponse fuse. «C’est aujourd’hui le premier jour de ma vie, c’est aujourd’hui que je dois agir». Le jour même se fut fait, avec la bénédiction de son coach. «Je ne suis pas aussi mauviette que cela en fin de compte !». Très bien, on peut commencer à travailler.

Les séances qui suivirent furent intenses. Malgré le support inconditionnel de Michel qui avoua à sa femme à quel point il s’était senti soulagé de la voir enfin prendre une décision pour elle-même, Chloé eut toutes les peines du monde à se donner la permission d’être égoïste et de vagabonder dans le domaine du vouloir, après avoir passé tant d’années dans celui du devoir. C’est finalement, les larmes aux yeux et dans un mélange d’excitation et de peur, qu’elle osa faire face a ce qu’elle est vraiment. «Au risque de paraître prétentieuse, je sais que j’ai une dimension de peintre que je n’ai jamais exploré à fond, sûrement par peur de l’échec, par peur de me rendre compte que je n’ai aucun talent». J’en profitais pour lui demander si elle voulait bien peindre quelque chose de son choix pour notre prochaine séance. Ce qu’elle me montra fut simple, beau et émouvant. «J’ai peint 4 portraits, un pour chaque membre de ma famille. J’avais oublié combien je les aime et comme je suis loin de mon monde».

Chloé est en route pour atteindre son objectif qui est de retrouver son identité. Son regard sur la vie et ceux qui l’entourent change. Séance après séance, elle prend plus d’assurance. Pourtant, je suis d’accord avec elle lorsqu’elle me dit qu’elle se sent loin de son monde. Je continue à la trouver terriblement seule et je questionne son environnement. «La vie que je mène à New York ne ressemble plus à la femme que je suis en train de devenir. La vraie solitude est celle que l’on subit même lorsque l’on est entouré de gens». La découverte d’elle-même doit se poursuivre ailleurs. Il faut bouger et aller la où ses peintures l’appellent. «C’est toujours dans ma chambre chez mes parents que j’ai peint mes plus belles toiles. C’est la où je dois aller, seule pour le moment, en espérant que Michel me suive un jour».

Notre travail se poursuivit au téléphone pendant quelques mois. Voir Chloé s’épanouir en tant que femme d’abord et peintre ensuite, fut une grande satisfaction. Elle se rendit aussi compte qu’être vrai avec soi-même c’est donner la possibilité aux gens qui vous aiment de vous aimer encore plus. Michel fut l’un de ceux-là puisqu’il la rejoignit quelques temps plus tard. Un jour, je reçus de Chloé ce qui résonna comme le mot de la fin :

«J’avais laissé mes plus belles toiles chez ma belle mère lorsque nous étions partis de France. Au lieu de les accrocher aux murs, elle les avait stockées dans sa cave et, malgré la peine que cela m’avait procurée, je n’avais rien osé dire. Je réalise maintenant que c’est moi que je laissais dans l’ombre en me laissant moisir à petit feu ! La nouvelle Chloé a repris ses biens, avec fierté et au grand jour. Merci».

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