Louer à court-terme pour traverser la crise

Vivre à New York comme un New Yorkais. C’est le credo des agences immobilières spécialisées dans la location à court terme pour attirer dans leur giron aussi bien les touristes que les professionnels  de passage. Avec la récession néanmoins, ce marché a dû s’adapter aux prix bradés de certains hôtels, qui ont parfois soldé jusqu’à 50%. Les propriétaires ont dû accepter de s’aligner sur ces prix cassés pour continuer à louer leur bien. Un exemple, noté chez NewYork Habitat : le prix moyen d’un « two bedrooms » est passé de $285 la nuit en 2008 à $214 en 2009 soit une perte de 25%.

Même phénomène constaté pour les locations allant de 30 jours à plusieurs mois. Ce sont surtout les grands appartements, de trois chambres ou plus, qui ont pâti de la crise économique. Les prix moyens ont chuté de 30% pour les appartements chez New York Habitat, passant en un an de $5000 à $3600 par mois. Certains propriétaires ont souvent rechigné à baisser leur loyer, au risque de laisser un appartement vide pendant plusieurs mois « Ceux qui ont voulu résister à la dégringolade générale ont vite compris qu’ils seraient perdants » témoigne un agent d’Urban Living, qui reconnaît néanmoins que beaucoup avaient anticipé la crise et s’étaient rapidement aligné sur les prix du marché hôtelier.

[ad#Article-Defaut]Louer un appartement meublé reste plus intéressant que de vivre a l’hôtel, une chambre même bon marché s’élevant à $150/$200 la nuit. Pour deux semaines ou 6 mois, le marché de location à court terme s’est rapidement révélé florissant depuis  qu’il s’est introduit à New York il y a 20 ans. Aujourd’hui, on trouve une dizaine d’agences sur ce modèle, faisant l’intermédiaire entre les propriétaires et les locataires -vacanciers, stagiaires ou en voyage pour affaires. Plus sûr que Craigslist ? Les brokers de Manhattan sont unanimes : les phrases type « trop de mauvaises surprises » ou « il n’y pas de traces écrites c’est trop risqué » sont devenues des adages à propos de ce monument de la bonne trouvaille. Tous vantent la relation de confiance entre les agents et le particulier, qu’il soit propriétaire ou futur locataire et la sécurité assurée par les nombreux checkings opérés dans les appartements. A noter, les frais d’agence et commissions sont imputés au futur locataire uniquement.

Pourtant, louer son appartement sur le mode « bed and breakfast » ou pendant plusieurs mois ne peut se faire à l’aveuglette. Les immeubles gérés en co-op (chaque co-propriétaire est actionnaire et détient des parts dans l’immeuble habité) n’autorisent pas ce type de trafic. Les règles du board sont souvent très strictes et les détourner serait prendre le risque de perdre son bail. Les condominiums (copropriété telle qu’on la connaît en France) ont le plus souvent un cahier des charges moins rigide, permettant les allers et venues dans l’appartement. Il existe une condition, obligatoire depuis le 11 septembre. Remplir un « board package », comme l’explique Martine Lapdevielle, vice présidente de Mercedes/Berk « les locataires en condo doivent remplir un board package qui sera évalué sous un délai de 15 jours par la société de management en charge de l’immeuble ». Une clause souvent contraignante pour les détenteurs du bail.

Pas de quoi décourager certains, comme Renaud Granel, qui loue son appartement situé à Central Park West depuis le mois d’avril, pour « joindre les deux bouts » comme il dit. Ce Français installé à New York depuis 32 ans, consultant indépendant, a décidé d’habiter sa maison de campagne à Woodstock le temps de se refaire une santé financière et de rembourser ses deux mortgages. « Mon travail m’a permis de m’adapter facilement à ce nouveau mode de vie, je peux travailler de chez moi, c’est une question d’organisation », avant d’ajouter « je veux du beurre dans mes épinards ! ». Depuis qu’il est listé chez New York Habitat, à $3500 par mois, son  appartement de 250m2 fait du plein temps. Y sont passés un banquier belge, un psychiatre américain, un chanteur d’opéra danois… Renaud n’a qu’un conseil à donner : préférer les gens de passage, venus pour le business, pour éviter que les locataires ne décident de s’installer plus longtemps que prévu. Une chose qui arrive, semble t-il.