Ma soeur, cette héroïne

 «Je ne vous dirai pas « have a great time » car l’histoire ne s’y prête pas». Pour son premier film, Sandrine Bonnaire a choisi de filmer sa sœur Sabine atteinte d’autisme. Fait de vidéos personnelles réunies sur 25 ans et de témoignages de son quotidien dans un lieu spécialisé, le film évoque la personnalité de Sabine avant et après ses 5 ans d’internement.
Devant le public du Florence Gould Hall et en présence des membres de l’association QSAC (the Quality Services for the Autism Community), Sandrine Bonnaire s’est dit “très émue” d’être à New York puisqu’elle était venue ici avec sa petite sœur. «C’est même bizarre de venir ici sans elle» a-t-elle ajouté.

La diffusion du film a été suivi d’un échange avec Sandrine Bonnaire. Florilège de quelques questions du public:

Pourquoi avoir fait ce film ?

J’ai décidé de faire ce film pour sensibiliser le public. Cela a pris quelques années avant d’accepter de faire un film sur ma sœur. Je me suis vraiment décidée lors des premières années d’hospitalisation de Sabine. Elle changeait tellement vite, c’était effrayant. Le désir s’est fait de plus en plus fort, d’autant que j’ai été marraine de la journée de l’autisme : j’ai été confrontée à beaucoup de gens ayant la même histoire. Cela m’a conforté dans l’idée de faire ce film.
Je ne voulais pas faire un film sur l’autisme, mais sur ces gens « différents ». Enfin, différents, non, c’est juste qu’ils ne s’expriment pas de la même manière. C’est à nous de les accepter comme ils sont. Par ce film, j’ai voulu essayer de changer le regard des gens.

Comment le film a-t-il été perçu dans les hautes sphères de l’Etat ?

J’ai écrit à Nicolas Sarkozy pour qu’il voit le film et obtenir une entrevue avec lui. Il m’a répondu très rapidement en me disant qu’il avait déjà vu le film et que je devais m’adresser au Ministère des affaires sociales. La ministre de la santé m’a aussi demandé quelles étaient mes idées. C’est compliqué car cela ne dépend pas seulement de la volonté du gouvernement. Cela vient aussi des régions. Je pense que cela va être très long car il faut mettre tout le monde d’accord. Ce qui est sûr c’est que les politiques ont quelque chose à faire car ils ont promis. J’attends. Et s’ils ne font rien, je reviendrai les voir.
La première des priorités demeure celle de trouver des lieux de résidence car les hôpitaux ne sont pas des endroits où vivre.

Est-ce difficile de filmer sa sœur malade ?

Le plus difficile c’est de garder la bonne distance. Je raconte l’histoire de Sabine mais je ne voulais pas la lui voler. C’était vraiment mon obsession : ne pas aller trop loin, ne pas faire un film voyeur. Je tenais malgré tout à montrer Sabine telle qu’elle est.
Je pense que Sabine est une héroïne et dans un sens, elle me rappelle Camille Claudel. Elle a eu des moments très difficiles et s’est montrée très forte. Lors de son internement, elle a du prendre beaucoup de médicaments et a perdu ses souvenirs, sa mémoire, et même son corps
[Sabine a pris 30kg lors de son passage en hôpital psychiatrique]. Et elle a dû apprendre à se reconstruire.
Il n’y a pas de colère dans ce film, c’est juste un état de fait. L’état de Sabine résulte à la fois de l’évolution de la maladie et de son passage en hôpital psychiatrique. Mais j’estime que ces 5 années d’internement ont été 5 années de prison pour quelque chose qu’elle n’avait pas fait.

A propos de QSAC, the Quality Services for the Autism Community, lire ici