Ma vie au Pink Elephant

Jeudi, 1h du matin : Marc, la cinquantaine, part travailler. Devant le Pink Elephant, une dizaine de filles entre 21 et 28 ans l’attendent. Une poignée de main aux videurs et le voilà entré dans la boîte suivi de sa cour. A peine arrivé, Marc continue ses bonjours et des Américaines lui grattent le dos de leurs ongles rouges en lui miaulant un « hi Mark ». Installé à sa table, il se fait apporter une bouteille de vodka et une flûte de champagne. Flûte qu’il avale d’un trait avant de bondir sur la banquette et de commencer à danser.

Telle est la vie que Marc de Gontaut Biron mène depuis plus de 20 ans. En arrivant à New York en 1983, il voulait faire du cinéma. C’est vrai qu’il a l’allure d’un play boy. Aujourd’hui, le voilà connu mais dans un milieu bien particulier : celui des promoteurs de soirées. Il mériterait peut être même un oscar pour sa longévité et sa carrière dans ce monde comparable à celui d’Hollywood.

Au début, un simple constat : «Les Européens faisaient leurs petites soirées entre eux et au final l’expérience n’était pas tellement vécue». Il monte alors avec plusieurs partenaires (dont le Prince Albert de Monaco) le Junior International Club, ayant pour projet de «présenter les Américains aux Européens et vice versa ». Le JIC sera décrit par la New York Times comme «a social network that in essence paired rich American women with titled European men”. Quelques années plus tard, Marc quitte le JIC avec une liste de 4000 personnes et organise des soirées de son côté: anniversaire, promotion de clubs… enrichissant son carnet d’adresse et sa notoriété.

1h40 : Marc se lève et va chercher des gens à l’entrée

Marc assure les relations publiques des boîtes de nuit. «Sans nous, dans les clubs il n’y aurait personne». Fabien Desgroux, 27 ans et promoteur de soirées à New York depuis 3 ans, s’estime lui aussi “indispensable aux night-clubs”.


Alors, en quoi consiste le métier de promoteur ? «Je suis payé pour amener des gens, remplir des tables, faire ouvrir des bouteilles de champagne et faire connaître le club». Son «salaire» se négocie à la commission : il gagne un certain pourcentage sur les bénéfices qu’il rapporte à la boîte de nuit. Lorsqu’il a commencé, ils n’étaient que deux ou trois à faire ce métier. Aujourd’hui, Marc parle d’une industrie, une industrie très bien rodée même. Il suffit pour cela de jeter un coup d’œil à l’organisation de la boîte : «Tout à gauche ce sont les Français, au fond là-bas, il y a des Italiens, ici des Brésiliens et là encore des Français».

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 «Si les promoteurs européens sont particulièrement prisés, explique Aymeric Clémente, ancien promoteur et aujourd’hui propriétaire du Kiss and Fly, c’est parce qu’en règle générale un Français en appelle d’autres». «En plus de ramener des jolies filles, les Européens sont réputés pour leur sens de la fête et pour être de très bons clients : ils n’hésitent pas à dépenser pour s’amuser». Il poursuit : «La question s’est donc posée aux Américains : comment approcher la « jet set » européenne, celle qui passe ses vacances à St Tropez ou à St Barth ?». C’est là que les promoteurs européens, qui ont plus facilement accès à ce public que les Américains, interviennent. Aujourd’hui, Français, Espagnols et Italiens sont les personnalités les plus représentées dans les nuits new-yorkaises.

Marc estime qu’il faut environ deux ans avant de se dire « promoteur de soirée », car avant, “ça n’est pas du solide“. Un carnet d’adresse étoffé est un travail de tous les jours, «il faut trouver les gens qui ont les connections et être en permanence à la recherche de nouveaux groupes». Pour Fabien, jeune promoteur qui avait déjà un réseau conséquent à Paris, Saint Tropez et Miami, cela n’a pas été trop difficile : “A New York, j’ai rencontré des gens dans des soirées, des openings. Puis j’ai été recommandé. Après, c’est l’effet boule de neige“. Véronique Perret, elle, alimente sa Véro’s list grâce à ses connaissances mais aussi grâce à la publicité qu’elle fait sur internet. Pour autant, à la grande différence de Marc Biron, qui possède un réseau d’établis, beaucoup de «clients » de Véro et Fabien sont de passage, dans le cadre d’un stage ou des études. Tout l’enjeu consiste à fidéliser, et surtout recycler les cercles de contacts.

2h20 : Deuxième bouteille de vodka.


«J’ai fait une sieste, mais là, je suis chaud pour faire la fête, en plus il y a une bonne énergie, des jolies filles, ça va être bon ce soir». Comment Marc à 50 ans peut-il continuer de faire la fête comme à 20? «Je ne bois pas d’alcool fort, c’est mon secret. Je marche au champagne». Pas de cocaïne non plus, «beaucoup trop s’y sont perdus». «Il y a une période où je faisais 2 et 3 soirées par nuit, 4 à 5 fois par semaine». Aujourd’hui, toujours dans le circuit, il a levé le pied. Désormais, les sorties en boîte sont réservées au jeudi et au vendredi soir.

Le métier n’a pas que des avantages : outre un emploi du temps décalé, «pas de vie privée parce qu’évidemment, les copines, elles n’aiment pas beaucoup ça, il faut aussi être toujours dans le coup et prêt à faire la fête jusqu’à 4h du matin». Pour les moins expérimentés, il y a aussi la pression de tenir ses objectifs vis-à-vis des boîtes. Quant à la concurrence: «il y a tellement de clubs qu’il y a de la place pour tous, explique Fabien avant d’ajouter, ne le dites pas trop, parce qu’en fait ça m’arrange que l’on ne soit pas trop nombreux».

Texto de Marc peu de temps après que je quitte le Pink Elephant: “une vie très débonnaire n’est ce pas ? Merci d’être passée très chaude Camille, à bientôt”. C’est vrai qu’il faisait chaud…

Marc ne quittera pas la boîte de nuit avant 4h. Pour recommencer le lendemain.

Kiss and Fly, 409 W. 13th Street

Pink Elephant, 527 West 27th Street

Marquee, 289 10th Avenue

Véro’s list: http://www.veroslist.com/