Mais pourquoi aiment-ils Polanski?

La France se rue au secours d’un pédophile notoire, c’est à peu de chose près le compte-rendu de l’affaire Polanski pour une bonne part des médias américains, par exemple par le site de CNN. A lire aussi, l’édifiante conversation avec les lecteurs du Washington Post où l’on trouve des questions du genre «est-ce que les Français sont contre les droits des femmes en général ou est-ce que ça concerne juste les relations sexuelles avec des jeunes mineures ?»

Quand les Français ne défendent pas les criminels pervers, ils tentent de masquer leurs insuffisances. Dans une tribune au Wall Street Journal l’économiste Brian Domitrovic rit des efforts français, le président Sarkozy en tête, pour remplacer le PIB par un instrument de mesure « plus juste ». Rien d’autre qu’une tentative de casser un thermomètre qui montre une bien mauvaise maladie française : une croissance économique plus que molle depuis 1982, inférieure aux Etats-Unis (de 50 %), mais aussi à la Grande-Bretagne et même à l’Allemagne, qui a elle eut à absorber la réunification. L’éditorial est sans appel et sans nuance. Sans grand souci non plus de tirer les conclusions d’une crise économique qui finalement ne semble pas avoir bouleversé les certitudes des tenants de la théorie dite de l’offre, tel Domitrovic.

Mais le même Wall Street Journal voit d’un tout autre oeil le même Nicolas Sarkozy quand il s’agit de sa politique étrangère et plus particulièrement de sa position face au programme nucléaire iranien. Dans un éditorial, le quotidien économique, pourtant plus habitué au « french bashing », louange la grande fermeté du président français. L’auteur est tout éberlué de se retrouver dans cette position inattendue : «Nous pensions que nous ne verrions jamais le jour où un président français se montrerait plus résolu que le commandant en chef américain face aux menaces les plus graves. Et pourtant nous y sommes ! ». On sent le Journal dégoûté, mais l’exemple n’est pas isolé : le discours de Sarkozy devant le Conseil de sécurité des Nations Unies, jeudi dernier, où il a semblé dénoncer à mots à peine voilés l’idéalisme béat d’Obama, lui vaut rien moins que l’admiration d’une multitude de commentateurs conservateurs (ici ou .

Le duo Obama-Sarkozy fascine également Newsweek qui s’interroge sur ce couple, où il voit d’abord de la jalousie, celle que le président français éprouverait pour son homologue américain. L’hebdomadaire voit de la frustration chez Nicolas Sarkozy, celle de l’hyperprésident qui voudrait montrer la voie à tous, y-compris à Obama, lequel « donne parfois l’impression de le remarquer à peine ». Mais, prévient Newsweek –qui réussit la prouesse d’écrivain de ne jamais mentionner la différence de taille des deux hommes dans cette bataille- ce « complexe d’Obama » du président français pourrait aussi devenir un problème américain si la Maison Blanche n’y prend garde. En Afghanistan, par exemple : si Sarkozy se sent sous-estimé il pourrait, poursuit Newsweek, décider de ne plus collaborer dans cette guerre si importante. Bref, le président français veut être aimé, donnez-lui de l’amour suggère l’hebdomadaire au président américain.