Mariane Pearl, entre deux avions

Avec son sourire radieux et ses bouclettes serrées, on se dit qu’il y a une ressemblance avec Angelina Jolie, qui a joué le rôle de Mariane Pearl dans le film « The Mighty Heart », qui relate l’enlèvement puis la mort de son mari, le journaliste du Wall Street Journal Danny Pearl kidnappé puis tué par des extrémistes islamistes en 2002.

C’est d’ailleurs « Angie » qui a préfacé son nouveau livre In Search of Hope, une compilation de ses « Global Diaries », publié dans le Glamour américain, agrémentée de photos de son voyage d’un an autour du monde. «Cela avait avoir avec le sens de ma vie et le sens de la mort des gens que j’aime, mais avant tout avec mon fils. Comment donner à mon fils de cinq ans l’inspiration d’embrasser le monde ? Il serait légitime qu’il ait peur. Mais y-a-t-il un moyen qu’il ressente de l’espoir à la place ?», écrit Mariane Pearl. Parmi les femmes qu’elle dépeint dans son livre: Ellen Johnson Sirleaf, présidente du Libéria, la première femme présidente Africaine, Lydia Cacho, la journaliste mexicaine qui a dénoncé les violences faites aux femmes en dépit de menaces de mort, Sheila Watt Cloutier, leader Inuit et prix Nobel de la paix pour sa lutte contre le réchauffement climatique. «Le même principe anime ces femmes : l’espoir », dit Mariane Pearl.

Ponctuée d’événements joyeux et tragiques, la vie de Mariane Pearl est placée sous le signe du cosmopolitisme. Française, née à Clichy, sa mère est cubaine et son père Hollandais. «Jusqu’à l’âge de 15 ans, je pensais que c’était la norme d’avoir une partie de la famille noire et très pauvre, l’autre blanche et très riche ». A 17 ans, elle décide de quitter Paris. Elle vient alors de découvrir la lettre de son père expliquant pourquoi il s’est suicidé. Elle prend la décision d’aller habiter chez un oncle à New York et a bien l’intention de devenir danseuse. «Tout ce que je connaissais était quelques pas de salsa enseignés par ma mère mais dans mon imagination, il n’y avait aucun doute que je pouvais réussir. Mes illusions se sont vite évaporées quand mon oncle est venu me chercher à l’aéroport et m’a ramenée dans son une pièce sur Fordham Road dans le Bronx», raconte-t-elle dans sa chronique sur une autre « Angie », le pédiatre Angela Diaz, une enfant du Bronx, une légende vivante qui soigne les adolescents du quartier. C’est plus tard que Mariane Pearl rencontre Danny à Paris. Elle est journaliste pour Radio France et couvre les questions de migrations internationales. Après leur mariage, ils vivent en Inde. Son mari dirige alors le bureau Asie du Sud du Journal puis à Karachi au Pakistan où Danny Pearl est assassiné en enquêtant sur les réseaux terroristes. Mariane est enceinte de cinq mois.

Ce soir là, elle arrive avec un peu de retard dans cette libraire de l’Upper West Side, om elle est venue présenter son livre, s’excuse et s’étonne de l’audience en dépit de la pluie battante ce jour-là. À son bras, un petit bonhomme, son fils. Très librement, elle répond aux questions de gens venus l’écouter : «J’ai des peurs mais je suis un esprit libre. Je combats mes craintes». Sur le bouddhisme qu’elle pratique depuis 24 ans, elle évoque le suicide de son père. A propos des gens qu’elle admire, «je pense toujours à Nelson Mandela».

Un des chapitres de son livre est consacré à Fatima Elayoubi, femme de ménage marocaine qui vit en banlieue parisienne : ses parents n’avaient pas pu lui offrir d’études. Elle qui ne savait pas lire le Français a commencé à écrire en arabe. Elle trouve quelqu’un qui lui traduit ses écrits gratuitement et commence son porte à porte auprès des éditeurs parisiens. Peu de temps après, son livre «Prière à la lune» était publié. «Quand je dis aux gens que j’ai grandi à Paris, ils me considèrent bénie. Après tout Paris est la ville la plus romantique au monde. (…) Mais il y a une autre face de Paris que le monde ne connaît pas et que Fatima Elayoubi connaît» écrit-elle.

Mariane Pearl vit désormais à Paris mais la traduction du livre en Français n’est pas prévue pour l’instant. Pour l’anecdote, Angie a paraît-il, eu du mal à imiter son accent français pour jouer son rôle dans le film réalisé par Michael Winterbottom et coproduit par Brad Pitt, d’autant qu’il est teinté d’une pointe d’accent cubain. Les deux copines en plaisantent. Pour son travail, Mariane Pearl s’est rendue récemment en Israel, à la rencontre de gens dans un kibbutz. Le kibbutz en question fait aussi night club. «C’est la vie», s’amuse-t-elle. La conférence est finie, Mariane prend son avion pour Paris le lendemain.

In Search of Hope : the global diaries of Mariane Pearl, powerHouse Books. $39.95 Les bénéfices des ventes du livres sur Glamour.com sont reversées aux associations des femmes du livres.