Même sans “triple A” la France fait rêver

Dégradés. La France et d’autres pays européens ont vu leur note abaissée par l’agence de notation Standard & Poor’s en fin de semaine dernière. Depuis, la presse américaine n’en finit pas d’analyser les conséquences de cette décision, en particulier pour la France, qui passe d’un « AAA » à un « AA+ ». La nouvelle plonge Nicolas Sarkozy dans l’embarras. «Sarkozy a évité directement des commentaires sur la dégradation», note le site d’information économique Bloomberg. Pour le Huffington Post rien d’étonnant, puisqu’au cours des cinq années de «sa présidence haute en couleur, la dette du pays est passée de 1.100 à 1.700 milliards d’euros.» Le Washington Post acquiesce et souligne que la nouvelle «a miné la campagne de Sarkozy». Seul Time Magazine tempère la dégradation de la France. Cela «aurait pu être pire» selon le magazine, qui rappelle que la perte du « triple A » français était annoncée.

France qui rit, France qui pleure

La nouvelle a en tout cas suscité, dans les colonnes du New York Times, un débat entre les admirateurs du modèle français et ses détracteurs. Dans un article du 15 janvier,  le correspondant du quotidien à Paris, Steven Erlanger, dresse un tableau particulièrement noir de l’état économique du pays. La France «est le pays d’Europe le plus centralisé, l’économie la plus étatique, et est profondément investie dans son opposition à ce que les Français disent des économies anglo-saxonnes de Grande-Bretagne et des Etats-Unis, dont l’approche ‘laissez-faire ‘ est blâmée pour la crise» écrit-il, donnant la parole à Nicolas Baverez, un économiste et essayiste que ses opposants décrivent comme « décliniste ». « La France a du mal à rivaliser avec l’ensemble de l’économie allemande, qui est plus souple, moins conflictuelle dans ses relations avec les employés et plus solidement construite sur l’industrie et les exportations », poursuit le quotidien.

Mais pour l’éditorialiste Nicholas Kristof  du  New York Times, la France et le Vieux Continent ont tout de même du bon. Dans un édito, le journaliste bat en brèche les préjugés de ses compatriotes sur l’Europe. Certes, elle «est dans un désordre économique» mais ce serait même une «erreur dangereuse de la percevoir seulement comme tel», souligne-t-il. Si l’éditorial est centré sur l’Europe, Nicholas Kristof s’appuie à plusieurs reprises sur la France pour étayer son propos. Le lecteur en vient même à se demander si le journaliste ne livre pas indirectement un plaidoyer pro-français. Il évoque notamment les 35 heures, les croissants trempés dans le café au lait et l’assurance santé universelle pour vanter les bienfaits du mode de vie à l’européenne. De même, les réussites européennes dans les domaines économiques, scolaires et sociétales semblent avant tout être des réussites françaises. «Le PNB par habitant en France en 1960 représentait 64% de celui des Etats-UnisIl a augmenté à 73% en 2010» écrit-il, ajoutant non sans provocation: «Les socialistes nous rattrapent ». Il rappelle également que l’espérance de vie des Français dépasse désormais de trois ans celle des Américains. Ainsi, « embrasser une caricature de l’Europe comme un échec révèle de notre propre ignorance et chauvinisme » conclut-il.

Ah, l’Éloquence!

Quand tout va mal, on peut compter sur la « Reine Christine » pour redorer le blason de la Gaule auprès des Américains. Dans une tribune parue dans le New York Times, la journaliste Christine Ockrent évoque l’usage des mots dans la politique française. Selon la journaliste, « les Français sont amoureux des mots ». Tellement amoureux que « leurs écoles d’élite leur font croire que dès lors qu’ils arrivent à forger une formulation intéressante, le problème est à moitié résolu ». La France est donc une nation de lettrés pour laquelle l’écrit compte: « Les hommes politiques se sentent obligés d’écrire un livre s’ils veulent être pris au sérieux ». Grâce à Christine Ockrent, le stéréotype du Français intello et raffiné a de beaux jours devant lui.