Michelin-Zagat: perdu d’avance?

 « It sucks ». C’est en ces termes que la troisième édition du guide Michelin New York 2008 a été accueillie par le New York Times. Ed Levine, critique gastronomique du quotidien, a même été jusqu’à considérer qu’ « il est grand temps que le guide Michelin s’achète de nouveaux pneus car il est si plat que pour le moment il est hors course ». Pour les Américains, les étoiles et la figure de Bibendum ne sont pas très parlantes. Les critères retenus par le Michelin se concentrent exclusivement autour de la cuisine et ne sont pas ceux qui les intéressent, à savoir des détails concernant l’endroit, l’ambiance, le décor, le service…

Si les deux premières éditions du Michelin New York se sont vendues à 120 000 et 138 000 exemplaires, il reste encore loin derrière le Zagat. Considéré comme l’annuaire par excellence des restaurants de New York, il est vendu à près de 650 000 exemplaires par an. Les Américains possèdent facilement 1 ou plusieurs Zagat car il répertorie tous les restaurants de New York sur la base des critères simples tels que l’emplacement.

Pour Pierre Ceaux, directeur des opérations du groupe Boulay le Bibendum est KO: «le Zagat est plus simple à ouvrir, la notation est plus facile à comprendre pour quelqu’un n’ayant pas grandi dans le milieu de la restauration». D’après lui, bien que le guide Michelin ait fait des efforts, il reste très difficile de concurrencer le Zagat qui a une vraie crédibilité auprès des Américains.

Directrice de la communication de Daniel, Georgette Farkas est plus aimable pour le clermontois, et considère qu’il est impossible de comparer les deux sources d’informations. « Le Zagat est écrit par la clientèle. Les New Yorkais s’y adressent aux New Yorkais tandis que le Michelin est fait par des professionnels ». Ces deux façons de procéder peuvent être finalement complémentaires. Cependant, beaucoup de New Yorkais s’en tiennent exclusivement à la chronique du New York Times.

Les chefs étoilés par Michelin, eux, sont ravis. Terrance Brennan, chef cuisinier du Picholine qui a reçu cette année deux étoiles par le guide Michelin New York 2008: «cette reconnaissance par les européens est un accomplissement pour un jeune cuisinier comme moi ayant travaillé en France ». Pierre Ceaux, de Bouley se dit très fier en tant que Français de paraître dans le Michelin, mais il déplore : «ça n’apporte pas grand-chose en terme de business. Le Michelin, c’est juste bien pour les Européens en visite à New York ».

Le Guide Michelin est également édité à San Francisco depuis 1 an et sort dans un mois deux nouvelles éditions : Las Vegas et Los Angeles.

Le Guide Michelin New York 2008 en quelques chiffres :
– 619 établissements dont 565 restaurants et 54 hôtels
– 42 étoilés contre 39 l’an dernier,
– 3 trois étoiles, 6 deux étoiles et 33 une étoile,
– 45 types de cuisines sélectionnés, de la cuisine sri lankaise à l’autrichienne en passant par les steackhouses,
– Une dizaine d’inspecteurs et environ 250 repas anonymes par inspecteur.
– 52 restaurants dans la catégorie «Our inspectors’ favorites for good value », c’est-à-dire offrant un menu inférieur à $ 40,
– et une sélection de 71 restaurants offrant un menu à moins de  $ 25.

Parmi les nouvelles étoiles :
Chez les une étoile: Jojo, l’Atelier de Joël Robuchon, Dressler, Blue Hill, Gilt, Anthos.
Chez les deux étoiles: le Picholine et le Gordon Ramsay at The London.
En revanche, Tom Collicchio perd son étoile (Craftbar).