Miss Madeleine: après les galères, le nouveau départ de Peggy et Gérald Huteau

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Miss Madeleine
400 E 82nd St
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French Morning vous racontait en 2014 les galères de Gérald Huteau, un Français de Guadeloupe venu ouvrir son restaurant à New York, La Mulatresse. Après seulement quelques semaines d’ouverture, un dégât des eaux et plusieurs pannes de matériel l’avaient contraint à fermer son commerce. Trois ans et demi plus tard, il semble enfin voir le bout du tunnel avec un nouveau projet : Miss Madeleine.

L’aventure américaine du Guadeloupéen débute en 2012. Lui et sa femme Peggy travaillent pour la sécurité sociale aux Abymes en Guadeloupe. Mais les deux amoureux veulent “sortir de la routine du bureau et se mettre en danger”, raconte Gérald Huteau, 39 ans. “On avait le besoin d’exprimer ce qu’on était”. 

Amoureuse de bonne cuisine, Peggy Huteau a grandi en Bretagne, où elle se souvient “avoir baigné dans les bonnes odeurs des boulangeries“. Autodidacte, elle se forme en faisant tester ses recettes à son mari et ses ami(e)s. “Je rêvais d’ouvrir mon commerce un jour. Ils m’ont convaincu de le faire“.

Pendant leurs années en Guadeloupe, Gérald et Peggy Huteau se découvrent une deuxième passion commune : New York et la culture américaine. Le couple se rend à plusieurs reprises dans la Grosse pomme. “Visiter l’Empire State Building ne nous intéressait pas. Nous allions à la laverie, à l’église. Ce qu’on voulait, c’était passer du temps avec les gens et comprendre leur culture”, souligne Gérald Huteau.

Début 2013, Gérald et Peggy Huteau investissent 80 000 dollars à distance dans un premier local à New York, en espérant obtenir un visa E2 (visa d’investisseur). Mais le couple essuie deux refus consécutifs en août et en septembre au consulat des Etats-Unis à Paris. “On était novices, sans expérience et mal conseillés par notre avocate”, explique Peggy Huteau. Le couple sollicite alors un visa de séjour temporaire (B1) en février 2014. Mais celui-ci est à nouveau refusé. “On a fini par se demander ce qu’on avait fait pour mériter ça. Puis on s’est enfermés pendant 24 heures pour réfléchir. En se rappelant les discussions qu’on avait eues avec le personnel du consulat, on a compris qu’on s’était entêtés à demander un visa pour toute la famille. C’était une erreur”.

Quelques jours plus tard, Gérald Huteau obtient finalement un visa B1, et s’envole seul pour les Etats-Unis. Il prend alors les rênes de son premier restaurant, situé dans le quartier d’East Harlem. “On faisait de la boulangerie et des repas chauds le midi. Peggy essayait de former le personnel à distance. C’était compliqué“. D’autant plus que les galères ne font que commencer. Deux semaines après l’ouverture, la table chauffante, l’un des fours, puis la hotte, récupérés de l’ancien restaurant qui occupait l’emplacement, tombent en panne. Puis la climatisation. Un dégât des eaux abime ensuite l’arrière-cuisine et les portes en fer de sa cave, qui s’ouvrent sur le trottoir, sont enfoncées par une voiture, rendant le local inutilisable. « Chaque jour, il y avait quelque chose de nouveau », explique Gérald Huteau, qui finit par fermer son restaurant temporairement en juillet 2014.

Au même moment, le Guadeloupéen obtient finalement un visa pour sa famille, mais nouveau coup du sort : La Poste égare les papiers d’identité de Peggy Huteau, contraignant son mari à repartir seul. “On s’est dit: tant pis, on ne baissera pas les bras. L’envie est trop forte », se rappelle la Bretonne de 40 ans.

Peggy Huteau finit par rejoindre son mari à New York en septembre. Quatre mois plus tard, le couple rend les clés de son local et décide de se concentrer sur une activité de traiteur qui lui permet de rencontrer Céline Legros, fondatrices de Canelé by Céline dans l’Upper East Side. “Elle m’a demandé de lui donner un coup de main au départ. Gérald et moi avons été embauchés dans la boutique par la suite”.

Jusqu’à ce 31 janvier 2017 où le couple reprend finalement le bail de Céline Legros. “On ne voulait pas rester sur un échec“, confie Gérald Huteau. D’une boutique de canelés, le 400 E 82nd St est donc devenu Miss Madeleine, une boulangerie bâtie autour d’un produit phare : la madeleine de Commercy. “C’est la madeleine traditionnelle de notre enfance, avec son bon goût de beurre et d’oeuf”, précise Peggy Huteau. “On la décline à toutes les saveurs : sucrée, salée, fourrée à la confiture de fraise, à l’amande”.

Gérald et Peggy Huteau ont voulu créer une boulangerie à leur image : familiale et chaleureuse. Accompagnée par une employée “qui fait partie de la famille“, Peggy Huteau prépare ses recettes le jour même, pendant que ses enfants aident aux livraisons. “On a réussi à recréer une ambiance de village où les clients nous appellent par nos prénoms”, se réjouit-elle.

Le succès de Miss Madeleine pousse le couple à voir plus loin. “On visite des locaux pour ouvrir une deuxième boulangerie”, explique sobrement Gérald Huteau. “On aimerait se développer mais à condition de garder les pieds sur terre. Si on ferme, nos clients seront malheureux”.

Après des mois de galère, Gérald et Peggy Huteau savourent enfin leur vie à New York. “Si c’était à refaire, on ferait pareil. On a appris de nos erreurs“, expliquent-ils, confirmant ainsi le célèbre adage de Nietzsche : “tout ce qui ne tue pas rend plus fort“.

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