Modèle français?

Premiers coups bas dans la campagne présidentielle américaine de 2008 : les candidats commencent à se traiter de Français…On vous avait déjà raconté il y a trois mois que les conseillers de Mitt Romney, l’ex gouverneur du Massachusetts républicain candidat à la succession de George Bush, lui avaient fait une présentation powerpoint de recommendations stratégiques pour sa campagne, parmi lesquelles taper sur la France et associer Hillary Clinton à la France. Le candidat s’est donc mis au travail jeudi pendant un meeting en Iowa, rapporte le Washington Post. Il a accusé Hillary d’être tellement à gauche «qu’elle ne serait même pas élue en France» (Romney n’a pas eu de présentation powerpoint sur les derniers résultats des élections). La réponse du camp Clinton, via son porte-parole Howard Wolfson : «vu son inclinaison à changer d’avis, d’ici demain le gouverneur Romney parlera français, portera un béret et dirigera le groupe de soutien des Français pour Hillary».

Dans le magazine publicitaire Adweek, on apprend que le directeur de la stratégie online de Romney a fait partie des consultants politiques qui ont disséqué l’utilisation que les candidats français ont fait d’Internet : les vidéos du site de Sarkozy d’un côté, la participation et la construction de communautés sur le site de Ségolène. La French American Foundation a même, en avril organisé un voyage d’étude des élections françaises pour les consultants politiques américains. Nicholas Dungan, le président de la fondation, explique qu’en France les candidats ne peuvent pas faire autant de pubs qu’ils veulent et qu’ils doivent avoir chacun le même temps d’antenne. « La valeur démocratique la plus importante aux Etats-Unis c’est la liberté personnelle, mais en France c’est l’égalité » résume t-il. Karen Finney, directrice de la communication du Democrat National Committee observe que, compte tenu du taux de participation bien plus élevé en France qu’aux Etats-Unis, les campagnes françaises ont moins que les américaines à se soucier de pousser les électeurs à aller voter.

Dans l’ensemble, les consultants interrogés font valoir que Sarkozy a parfaitement contrôlé son message, alors que Ségolène en associant les internautes à la conception de son programme, l’a moins maîtrisé. Mike Murphy, le conseiller de notre ami Romney note à propos des 100 propositions de campagne qu’il y a en a 99 de trop “ce qu’il vous faut, c’est un message”.

L’hebdo américain de la publicité se penche aussi sur les liens de Nicolas Sarkozy au secteur (entre autres «son père Paul est devenu riche après avoir fondé sa propre agence»). Le magazine évoque un «ménage à trois de concurrents publicitaires en coulisse». Après avoir été élu, Sarkozy est parti trois jours sur le yacht «du plus gros actionnaire d’Havas Vincent Bolloré». Cécilia «aurait eu une liaison avec Richard Attias, l’ancien PDG de Publicis Events Worldwide, une branche du principal concurrent d’Havas, qui va prochainement prendre en main le Forum de Davos.» A leur retour de croisière, France 24 a diffusé un sujet « Sarkozy fait des vagues », et, relève le magazine, France 24 est présidé par Alain de Pouzhilac, ex pdg d’Havas poussé dehors par Bolloré.

Adweek détaille les relations de Sarkozy aux médias. «On dit qu’il a invité des photographes à documenter sa réconciliation avec sa femme» ; «pendant leur brève séparation, il a eu une relation avec une journaliste politique française» ; le rédacteur en chef de Paris Match, «un magazine qui appartient à Arnaud Lagardère, un autre ami riche de Sarkozy» a perdu son emploi après la publication de photos de Cécilia Sarkozy et Attias. Et Reporters Sans Frontières a demandé plus d’attention à Sarkozy après qu’une autre publication de Lagardère, le Journal du Dimanche a retiré un article disant que Cécilia Sarkozy n’avait pas voté au second tour.

C’est sous un autre angle que les pages Style du New York Times ont examiné les Sarkozy. Pour leurs admirateurs, explique la correspondante Elaine Sciolino, «les Sarkozy sont des Kennedy Français», avec un président athlétique, une belle première dame habillée chic et des enfants souriants et photogéniques. Pour leurs détracteurs, les Sarkozy sont plus proches du clan Berlusconi : vulgaires et nouveaux riches.

A la place des Chirac, «avec leur discrétion, leurs manières impeccables», Nicolas Sarkozy «hyperactif» et copain avec «quelques-uns des hommes les plus riches de France». «A ses côtés – épisodiquement – il y a son assez mystérieuse femme de 49 ans, Cécila, qui l’a quitté pour un autre homme pendant l’été 2005, est revenue quelques mois plus tard. Elle fut absente pendant l’essentiel de la campagne et n’a pas pris la peine de voter au second et décisif tour de l’élection. »

«Paradoxalement, note la correspondante du New York Times, les Français sont à la fois prêts à souligner la « normalité » de la première famille et pressés de gloser sur les rumeurs les plus salaces. Spéculer sur la vie des Sarkozy est devenu est des jeux les plus populaires des dîners parisiens». Sarkozy a été décrit comme le «lapin Duracell» , mais Elaine Sciolino préfère la comparaison «au lapin d’Alice au pays des merveilles, perpétuellement pressé pour un rendez vous très important».

Le Chat de Cheshire vous donne rendez-vous la semaine prochaine sur French Morning.