Modernité VS Déclin Français

Une mini-révolution dans le monde de la gastronomie française fait la une des pages Europe de Time de ce 21 décembre. Le nouveau rédacteur en chef du fameux Guide Michelin, nommé cette semaine, est non seulement une femme, mais de surcroit une Allemande. Il n’a pas fallu une minute de plus aux voisins européens de la France pour crier au sacrilège, rapporte le journaliste, mi-amusé, mi-sceptique. Ces derniers, Grande-Bretagne et Allemagne en tête, se sont empressés de moquer les réactions indignées qu’une telle décision n’allait pas manquer de provoquer chez leurs confères français. Mais au lieu de cette fierté chauvine tant attendue, Bruce Crumley note dans son article que les Français ont tout simplement accueilli cette nouvelle avec bienveillance, sans même se laisser aller à un seul commentaire sardonique. Un pied de nez donc aux francophobes qui se délectent de certains clichés dépassés, commente-t-il, avant d’ajouter que cette affaire est malheureusement révélatrice de la manière dont les Européens se voient, et se jugent, les uns les autres.

Dans le registre des clichés français, le New York Times publie un éditorial de Roger Cohen qui mérite également une lecture attentive. Ce dernier confesse un seul et triste constat: “Le Paris d’aujourd’hui n’est plus la ville que j’ai connue (ndlr: dans les années 70)”. Certes, “Paris is still Paris”, avec ses ponts romantiques, ses avenues hausmaniennes et ses toits gris; et la ville peut se défendre d’avoir bien résisté à l’homogénéisation capitaliste; mais quelque chose d’essentiel a disparu.

Ce quelque chose, c’est ce que Roger Cohen appelle “its pungency“, autrement dit, son piment. Fini le Paris des odeurs et de la saleté, la ville s’est hygiénisée. Le monde moderne a policé et anesthésié la raison de vivre et le passé parisien, à savoir un petit rouge sur le comptoir, dans la fumée âcre des gitanes. Et l’Américain se livre à une complainte nostalgique du Paris d’antan, celui des films d’Arletty et des photographies en noir et blanc de Robert Doisneau. “Gone the glory of its squalor” (“Envolé le temps glorieux de la misère”) soupire-t-il, car comme il le souligne ensuite: “squalor connects“, en d’autres termes, c’est un vecteur de lien social. Aujourd’hui, Paris ressemble à n’importe quelle autre ville mondialisée, au hasard New York. Et sous la plume de Roger Cohen, ce n’est pas un compliment.

Heureusement, ce point de vue ne fait pas l’unanimité dans les médias américains. Florent Kerzavo, chercheur à la School of advanced International Studies de la John Hopskins University (Washington), a publié une réponse sur un blog de Newsweek et du Washington Post. Selon lui, non, Paris n’a pas perdu sa flamme, et non, l’élite intellectuelle et culturelle n’est pas en train de déserter la France pour aller chercher ailleurs une vivacité qui n’existe plus ici. Il propose aux lecteurs de simplement regarder l’actualité de ces dernières semaines: deux prix Nobel sont allés à des français (J-M-G Le Clézio en littérature, et deux chercheurs pour la découverte du virus du Sida). Il explique par ailleurs que le principal problème de Paris ces années passées a été son isolationnisme. Comme il le note ensuite, la culture a en effet besoin d’ouverture et de lumière pour (sur)-vivre. Or, il semblerait que la France ait enfin brisé cette coque de verre: deux des prix littéraires de cette année, le Goncourt et le Renaud, ont été décernés à des immigrés, respectivement Atiq Rahmi, né en Afghanistan, et Tierno Monéhembo, né en Guinée. Paris s’ouvre à nouveau, et c’est pour le meilleur, se félicite l’auteur.

Le très prolifique Bruce Crumley du Time publie un autre article, le 17 décembre, sur l’ouverture, refusée, des magasins français le dimanche. Le journaliste regrette que le vent de libéralisation tant attendu, et promis par Nicolas Sarkozy, n’ait finalement pas lieu. En ce mois de décembre 2008, il note que le gouvernement a reculé sur deux réformes d’importance: celle de l’Education, et celle sur le travail dominical. Et il s’étonne des blocages politiciens: alors que l’opinion publique française est majoritairement favorable à l’ouverture des magasins le dimanche, une “fierce opposition” (“opposition obstinée”), à droite comme à gauche, a tout fait pour obstruer la mise en place de cette loi. Néanmoins, tout n’est pas perdu écrit avec soulagement Bruce Crumley: c’est désormais aux préfets de faire passer des arrêtés régionaux pour l’ouverture ou non des portes le dimanche, or ces derniers sont nommés par le gouvernement de Sarkozy. Le président aura peut-être le dernier mot au final.

Obsession terroriste oblige, toute la presse américaine s’est intéressée aux explosifs retrouvés dans les toilettes pour homme du Printemps Hausmann. Cependant, de ce coté aussi de l’Atlantique, la panique cède la place au doute. Tous les journaux (‘Washinton Post, Christian Science Monitor et le Time pour les articles les plus complets) s’interrogent sur la pertinence de cette soi-disant piste afghane, et aucun commentateur ne semble prendre la menace très au sérieux, preuve du calme exemplaire à la fois du public, et des autorités françaises.

Enfin, Nicolas Sarkozy a été classé seconde personnalité de l’année 2008, juste derrière Obama, dans la liste annuelle établie par le Time sur les dix personnes qui ont compté lors de l’année écoulée. A cette occasion Tony Blair se fend d’un portrait élogieux et admiratif de son ex-confrère dans les colonnes du journal. Si la détermination du président français est saluée, le Britannique reconnaît qu’il est encore trop tôt pour savoir si Sarkozy sera grand vainqueur sur tous les chantiers engagés. A suivre…