Molière vu d’Amérique

A quel point Molière est-il connu aux États-Unis?

Craig Baldwin: Molière est assez connu des adeptes du théâtre car ses pièces sont fréquemment jouées aux États-Unis. C’est un auteur également souvent étudié en classe de littérature au lycée (high school) et à l’université (college). Mais surtout, je pense que les traits de la société du XVIIe siècle dont se moque Molière sont très actuels, peut-être plus que jamais! Les caractères et les situations sont étonnamment reconnaissables pour un public américain contemporain. Comme tout bon texte, les pièces de Molière gagnent en pertinence et significations au fil du temps. Et, bien sûr, elles restent incroyablement drôles!

Ellen Orenstein: Craig a résumé tout ce que je voulais dire. Je n’avais encore jamais monté Molière auparavant mais je l’ai joué en tant qu’actrice, avec beaucoup de plaisir. En fait, je jouais Madame Pernelle (mère d’Orgon dans Tartuffe) et je me suis éclatée!

Qu’est ce qui vous intéresse dans le personnage de Tartuffe?

Ellen Orenstein: Tartuffe est un personnage fascinant car c’est un merveilleux escroc. Il est habile et charmeur, il a été capable de convaincre un homme intelligent à qui tout réussi. Il a obtenu la confiance et l’amitié d’Orgon. Il a presque réussi à s’en sortir. L’hypocrisie est le thème principal de la pièce – et, nous l’espérons, de notre production.

L’Avare est une pièce satirique qui dénonce, notamment, l’obsession de l’argent. Est-ce le message que vous voulez transmettre au public?

Craig Baldwin: Quand j’ai lu la pièce, j’ai réalisé, avec stupéfaction, à quel point Molière semblait parler directement de notre situation actuelle, l’Amérique de 2010. Nous sommes au milieu d’une crise financière sévère et cela affecte des millions de familles à travers le pays. Il est certainement juste de dire que les Américains sont obsédés par l’argent, mais c’est aussi une des grandes forces du pays. Quel que soit son parcours, chacun a l’opportunité de réussir et de gagner de l’argent – le rêve américain fait tellement partie de notre culture! Si vous travaillez dur, vous serez récompensés. Mais cette crise a quelque peu ébranlé ce rêve. Il y a beaucoup de peur et de défiance. Des femmes et des hommes qui travaillaient dur ont perdu leur emploi, hypothéqué leur maison et ont du mal à subvenir aux besoins de leur famille. Les gens se serrent la ceinture, les entreprises souffrent et beaucoup de familles sont détruites par des problèmes d’argent. En regardant Molière disséquer la manière dont l’argent sépare les familles, vous vous demandez combien de familles dans le pays sont confrontées à la même situation. Et, bien entendu, Molière le fait avec humour, ce qui rend le message encore plus percutant.

Comment avez-vous conservé en anglais l’humour et le mordant de Molière?

EO: Pour Tartuffe, nous avons choisi l’excellente traduction de Ranjit Bolt. C’est contemporain sans perdre la poésie du texte de Molière.

CB: L’humour transcende le temps et les cultures. Bien sûr, il y a certaines références que j’ai dû actualiser, des changements mineurs comme des noms de personnes et de lieux pour que le public comprenne. Mais le plus grand obstacle à franchir était de trouver un équilibre entre fidélité au texte original et fluidité de diction. Le langage était plus important au XVIIe siècle. Les gens devaient faire très attention à leur façon de s’exprimer. Une parole malheureuse pouvait détruire leur réputation. La rhétorique et l’éloquence faisaient partie de leur éducation. Nous n’insistons plus autant sur le langage. Nous pardonnons l’imprécision et souvent, ce que nous ne disons pas est plus important que ce que l’on dit. J’ai essayé de trouver une traduction qui retienne ce sens de la précision dans la façon de s’exprimer, sans que cela paraisse guindé et archaïque. Ce n’était pas facile et j’ai fini par adapter moi-même une traduction.

Avez-vous lu les pièces en français?

EO: Non, et je ne suis pas sûre que cela aurait été utile. Si j’avais travaillé avec des acteurs francophones, j’aurais, bien sûr, lu le texte original et peut-être même intégré du français dans la production.

CB: J’aurais aimé pouvoir le faire! Malheureusement, mon français n’est pas assez bon. J’ai lu toutes les traductions anglaises que j’ai pu trouver afin de saisir toutes les nuances du texte. Toutefois, la pièce sera jouée en anglais donc, de toute façon, il fallait nous éloigner du français. J’ose espérer que Molière aurait apprécié notre version!

The Performing Arts Center, Purchase College, 735 Anderson Hill Road, Purchase, NY.

The Miser (L’Avare): les 11, 13, 14, 19 et 20 mars.

Tartuffe: les 12, 13, 18, 20 et 21 mars.

Achat des tickets par téléphone: (914) 251-6200 ou par internet: www.artscenter.org

Prix des places: $17,50 ($12,50 pour les seniors).