Mort de Charles Aznavour : l’emotion palpable jusqu’à Hollywood

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Les fans se sont recueillis sur le Walk of Fame, lundi.

Malgré la chaleur suffocante, Nina et Rosa, deux soeurs d’origine arménienne, gardent le regard fixe, immobilisées sur le Hollywood Boulevard. Leur journée est endeuillée : Charles Aznavour s’est éteint, le lundi 1er octobre, à l’âge de 94 ans. Comme de nombreux fans, elles sont venues le jour-même se recueillir sur l’étoile qui lui est dédiée sur le prestigieux “Walk of Fame” d’Hollywood, devant le théâtre Pantages de Los Angeles.

C’est Baydsar Thomasian, membre de l’équipe du sénateur californien Kevin de Leon, qui représente Hollywood où vit une très large communauté arménienne qui a été à l’initiative de cette distinction inaugurée le 11 août 2017. “Charles Aznavour était une star internationale, pas qu’une légende arménienne, il était temps qu’Hollywood le reconnaisse”, assure-t-elle, enchaînant les interviews depuis qu’elle a appris la nouvelle. “On avait fait accélérer les préparatifs, il avait déjà 93 ans.” L’équipe du sénateur lui avait déjà remis une étoile d’honneur en 2016. “Mais il méritait plus, donc on a plaidé sa cause auprès du Hollywood Historic Trust -qui gère le Walk of Fame.”

Ce soulagement, celui de lui avoir rendu hommage, n’a pas atténué la tristesse. Ce lundi, Baydsar Thomasian n’a cessé de se rappeler “cette légende dont le premier amour était la France” ; mais sans réussir à appeler sa famille pour leur souhaiter ses condoléances.

Sur le Walk of Fame, les voix déraillent, quand les mouchoirs servent à essuyer le maquillage qui coule. Après avoir appris la nouvelle de son décès, et séché leurs larmes, Nina et Rosa se sont rendues sur les lieux. “J’étais pétrifiée dans mon lit quand j’ai appris sa mort”, avoue Nina, aux Etats-Unis depuis 14 ans, qui voue un culte à l’artiste et à l’homme qui avait été nommé représentant permanent de l’Arménie à l’ONU en 2009. “Nous avons déposé un panier de roses arméniennes”, lâche-t-elle, ajoutant qu’en tant que voisine des lieux, elle lui en amènera régulièrement.

Même si elle ne se recueillera pas autant, Hranush Mezhlumyan, une Arménienne de 32 ans, n’est pas moins meurtrie par ce décès. “J’appréhendais cette nouvelle”, avoue cette ingénieur. “C’était un chanteur iconique qui sur scène, n’avait pas besoin d’artifice.” Outre l’artiste, elle célèbre -comme beaucoup- l’homme qui défendait la cause arménienne, qui les a “beaucoup aidés”. Autre fan de longue date, Naré Mkrtchyan palpe l’étoile sur le Hollywood Boulevard. “Je l’avais rencontré à Paris car je devais faire un documentaire sur lui”, raconte-t-elle, nous montrant une photo d’eux. Elle se sentait “connectée” à cet artiste depuis que son père avait fait un film sur ses prises de position, après le tremblement de terre de 1988 en Arménie. “Pour moi, c’était impossible qu’il meure”, déclare Naré Mkrtchyan.

Une couronne de fleurs ornent le “totem” de recueillement, offerte par l’association auto-financée « Hollywood Historic Trust » qui prend soin du Walk of Fame.

Son aura a dépassé les frontières de la France et de l’Arménie depuis ses débuts à New York en 1963, où il fait salle comble au Carnegie Hall, dont il avait lui-même financé la location. Depuis, il a donné des dizaines de concerts dans le pays de l’Oncle Sam, principalement à Los Angeles, New York, Boston, Miami. En 1999, un sondage du Time et de la chaîne CNN fait de lui le “chanteur de variété le plus important du XXe siècle”.

“C’était un artiste exceptionnel, avec une renommée aux Etats-Unis et au delà. Il faisait toujours salle comble”, argue Moshe Noy, producteur de concerts d’Aznavour à Los Angeles. Cet Israélien, qui dispose d’une collection de photos et de l’intégrale (44 CD) spéciale collectionneurs, l’avait rencontré à Francfort, en Allemagne. Très fan, il a organisé un concert d’anthologie au Greek Theatre pour l’artiste français. En ce jour de deuil, il se souvient d’un homme calme, très sain, qui aimait venir à Los Angeles pour profiter du soleil et voir sa famille (sa fille et ses petits-enfants y vivent). Il se remémore gaiement “une escapade du crooner jusqu’à la maison de Sinatra à Palm Spring, après un concert”.

De ses amitiés américaines, beaucoup lui ont rendu hommage sur les réseaux sociaux. Ainsi, Liza Minnelli – avec qui il a vécu un an – évoque “mon mentor, mon ami, mon amour” quand Quincy Jones rappelle : “Depuis que nous nous sommes rencontrés, nous avons eu comme un lien de parenté solide, qui a duré plus de six décennies. Je chérirai pour toujours le souvenir de ces moments passés ensemble, que ce soit en studio ou en vacances dans le Sud de la France. Repose en paix, cher Charles…” Le plus international des artistes français laissera sa trace dans la cité des anges. Incapable de quitter le Walk of Fame, Naré Mkrtchyan l’affirme: “il sera toujours dans nos vies”.