New York, capitale américaine de la longévité.

Pourquoi les New Yorkais vivent-ils plus longtemps?” demande le New York magazine cette semaine. Selon le NY Department of Health, naître à New York en 2004 donne une espérance de vie de 9 mois supérieure à celle de l’Américain moyen. Un ratio inédit dans l’histoire démographique américaine: en 1990, encore, l’espérance de vie à New York était de 3 ans inférieure à la moyenne des Etats Unis. Aujourd’hui l’espérance de vie d’un new-yorkais est de 78,6 ans pour une moyenne américaine de 77,9 ans. Selon l’hebdomadaire, la chute de la criminalité, la lutte contre la toxicomanie et les meilleurs traitements contre le SIDA ont amélioré à eux seuls l’espérance de vie générale à New York. En effet, Clive Thompson, l’auteur de l’article, explique que, statistiquement, le fait de mourir de l’un de ces trois facteurs à 25 ans produit un impact plus élevé sur l’ensemble. A partir de ce raisonnement, “plus vous empêchez les gens de mourir jeune, plus vous faites progresser l’espérance de vie générale“.
Or, “c’est exactement ce que la ville de New York a fait” ces quinze dernières années, en faisant chuter la délinquance de façon spectaculaire, en offrant de meilleurs soins pour le traitement du SIDA, ou encore dans la lutte contre la toxicomanie – autant de facteurs de mortalité parmi les jeunes populations.

Salle de fitness géante.

Credit: Pierre Cattan
Mais selon M. Thompson, c’est surtout la santé des new-yorkais, liée à leur style de vie urbain, qui fait progresser leur espérance de vie. Une véritable petite révolution copernicienne: “New York, connue comme la capitale du vice et de l’auto-destruction est désormais celle de la longévité. Que s’est-t-il passé?” s’étonne-t-il en ouverture de l’article. Michel Moulin, médecin généraliste Français à Manhattan n’est pourtant pas vraiment surpris. “Ici, la qualité de la vie bénéficie du meilleur de l’Amérique et du meilleur de l’Europe” s’enthousiasme-t-il. “Si vous habitez par exemple l’Oklahoma, vous ne pouvez pas vivre si vous n’avez pas de voiture. Et si vous en avez une, vous êtes toujours au volant, vous ne faites pas d’exercice, vous accumulez le choléstérol…A New York, vous êtes contraints de marcher toute la journée, et donc de faire de l’effort physique” explique-t-il. Clive Thompson va même plus loin, en considérant New York comme “une salle de fitness géante“: “beaucoup de chercheurs croient que les avantages de la ville pour la santé sont associés à l’exercice. Chaque pâté de maison devient une piste de course à pied, chaque station de métro devient un StairMaster, améliorant nos systèmes cardiovasculaires lorsque nous les pratiquons au quotidien.
Pour le Dr. Moulin, la longévité s’explique par le moral à toute épreuve des new-yorkais. Exerçant à New York “depuis 1975“, il connait bien le mode de fonctionnement de ses habitants: “la vie est dure ici, mais les gens sont fiers de ce qu’ils font dans leur vie professionnelle. Dans leurs voisinages, chacun se connaît, se fréquente. Il y’a un soutien moral qui justifie la qualité de la vie à New York“.

Gentrification

Pour Clive Thompson, “plus vous conduisez, plus vous prenez du poids”. Dès lors, c’est surtout le type d’habitation urbain qui influe sur la longévité. Ainsi, vivre en centre ville permet d’être en meilleure santé que d’habiter “dans des grandes banlieues où vous devez prendre la voiture pour aller chercher un pack de lait”. Le stéréotype de l’American Way of Life (4×4, grands espaces résidentiels et Wal Mart) en prend un coup.
De l’autre côté de l’Atlantique, en tout cas, les mégapoles semblent connaître le même phénomène. En France, l’espérance de vie des Franciliens était de 73,7 ans en 1990, derrière trois autres régions de l’Hexagone. Depuis 2004, l’espérance de vie des habitants de l’Ile de France est désormais la plus élevée, avec 78, 4 ans pour une moyenne nationale autour de 77 ans. Dans les pays développés, les aspects (promiscuité, transports en commun, marche à pied) qu’offrent la vie urbaine seraient-ils devenus soudainement bons pour la santé? “Il serait biaisé de penser qu’il y’a une relation directe entre mode de vie urbain et longue espérance de vie” prévient Claire Mauriat, médecin de santé publique à Paris, qui met plutôt en avant le niveau de vie des habitants des centre ville et la gentrification.”Cela passe avant tout par le fait que les gens qui vivent dans le centre ville sont des gens aisés et bien éduqués. Sur le plan épidémiologique, le bobo parisien et l’habitant de Manhattan sont ceux qui ont la plus grande espérance de vie“.