Nouveau souffle pour l’Alliance Française

Miami, après Tel Aviv et New Delhi. Le nouveau directeur de l’Alliance française de Miami est un habitué de la culture française à l’étranger. Fonctionnaire de l’Education Nationale, il y a d’abord travaillé sur l’harmonisation des diplômes au niveau européen. En 1996, il devient directeur de l’Institut français de Tel Aviv (un organisme entièrement financé par le gouvernement français, au contraire des Alliances françaises, qui sont elles des organismes privés) puis, en 2000, conseiller culturel adjoint à l’ambassade de France en Inde. Après une parenthèse passée au sein de l’entreprise familiale gérée par sa femme (Unipatis, qui fabrique des avants-produits de pâtisserie), il est arrivé en septembre à Miami pour prendre en main la direction de l’Alliance française locale.

Organismes privés, les Alliances françaises reçoivent, à des dégrès divers, l’assistance du gouvernement français, parfois sous la forme de personnel. C’est dans ce cadre que Jean-François Chenin a été nommé à Miami. Sur les 50 Alliances Françaises qui constituent le réseau américain, seulement quatre bénéficient d’un directeur détaché et payé par la France.

French Morning: Vous arrivez dans une Alliance  qui a fait face à des difficultés financières. Est-ce pour cela que vous avez été nommé?

Jean-François Chenin: J’ai sans doute été sélectionné pour mes compétences de gestionnaire, mais aussi pour ce que j’ai accompli à Tel Aviv et en Inde. Quant à l’Alliance de Miami, les équipes précédentes n’ont pas démérité et sont attachées à mettre en place une structure et une infrastructure importante. Mon ambition est maintenant d’y apporter du contenu et de développer des activités de qualité et haut de gamme. Il y a deux ans, cette alliance était une petite alliance. Son conseil d’administration a décidé d’investir dans ce nouveau bâtiment, nous devons maintenant trouver un rythme de croisière afin de trouver notre place dans le paysage culturel de Miami.

Quels sont les axes de développement que vous privilégiez pour l’Alliance?

Toute Alliance a deux vocations: les cours de langue et le développement des activités culturelles en français pour une meilleure connaissance de la culture et des arts français et francophones. Il faut être clair: une Alliance peut très bien vivre sans avoir aucun contact avec la communauté française et n’a pas pour vocation de l’attirer ou à s’y intéresser. Elle peut accueillir en ses murs la communauté française qui y trouve des choses intéressantes pour elle; ça peut également être un point de rencontre. Mais l’activité d’un Alliance est essentiellement tournée vers le public local, et particulièrement ici les publics américain et hispanique.

Les cours de langue sont donc très importants pour vous?

Ils assurent 90 % des recettes de l’Alliance, le reste étant des adhésions de personnes qui ne prennent pas de cours. Mon ambition est de développer des “petites structures”, du type de celle de Fort Lauderdale, très familiale. Souvent les clients nous reprochent d’être trop loin de chez eux, eh bien! nous allons aller vers eux. Nous allons ouvrir des sessions à l’extérieur, par exemple dans les malls ou dans un autre quartier, à Little Haïti, Coral Gables ou Coconut Grove, pour nous rapprocher de nos clients.

Vous souhaitez viser les publics locaux, mais comment le faire quand, culturellement, la Floride semble tournée beaucoup plus vers l’Amérique latine que vers l’Europe?

L’Alliance peut devenir une plateforme d’échanges, un pont entre les différentes cultures et entre les différentes communautés ou les gens vont pouvoir se rencontrer, échanger, travailler et se confronter. J’aimerais par exemple que l’Alliance Française puisse accueillir des artistes en résidence, qu’ils puissent travailler avec d’autres artistes locaux et que soient exposées, vues ou entendues des oeuvres qui soient le résultat de ce mélange de cultures. L’avenir d’une Alliance française est dans ces collaborations et confrontations.

Propos recueillis par Catherine Boris-Portuondo