Paris sera toujours Paris

La presse américaine revient unanimement sur la vente aux enchères historique de la collection de Pierre Bergé et Yves Saint-Laurent. Organisée par Christie’s au Grand Palais, elle a rapporté 264 millions de dollars, tous destinés à des œuvres de charité. Il n’en faut pas moins pour que les bloggeurs du NY mag s’interrogent sur ces riches qui ne connaissent pas la crise, et probablement, “se mouchent avec leur argent“. Pourtant, dans un article intitulé “The Last Collection“, publié dans le New York Times, nous apprenons que les bénéfices attendus étaient de 400 millions de dollars. Le journaliste, Guy Trebay, se souvient de sa visite en octobre 2008 de l’appartement d’Yves Saint-Laurent dans le 7ème arrondissement de Paris, et décrit les trésors accumulés le long de toute une vie. Pour Steven Erlanger, également dans le New York Times, cette vente au enchère a hérité du caractère sacré de la personne d’Yves Saint-Laurent: pour de nombreux Français, il évoque l’époque faste et révolue ou personne, ni aucun pays, ne pouvait rivaliser avec la suprématie de l’élégance à la française.

De la haute couture à la publicité en France, il est toujours question de “sensuality, style and poetry“. Selon un article du New York Times, qui revient sur l’exposition au Musée des Arts Décoratifs “40 ans de pub à la télé”, les publicités du petit écran sont aussi révélatrices de la culture française que sa littérature ou sa musique. Moins accrocheuses et vulgairement commerciales que leurs consœurs américaines, ces dernières cherchent à atteindre d’abord le cœur du consommateur, avant de s’attaquer à son porte-monnaie. A l’appui de sa thèse, le journaliste, Michael Kimmelman, rappelle que les Français ont toujours eu un rapport pudique et coupables à l’argent. A l’inverse, il note un “focus on sex” plus qu’explicite dans nombres de publicités, puisque “le sexe est partie intégrante de la culture française“. Ironiquement, il souligne également que cette exposition coïncide avec l’interdiction de la publicité sur les chaines publiques, qui, tout en recueillant les clameurs du politiquement correct, a soulevé quelques remous. Pourquoi? parce que, selon le journaliste, les Français adorent leurs pubs à la télé, mais sont bien trop gênés pour l’admettre.

Dans le Time, Bruce Crumley livre sa version du Grand Paris: “The Greater Paris“. Avec l’horizon économique qui s’obscurcit, Paris est plus que jamais dépendante des revenus du tourisme. Pourtant, malgré la crise, ce n’est pas le manque de visiteurs qui menace la ville: comme le rappelle judicieusement le journaliste, tant que la tour Eiffel et le Louvre seront toujours là, Paris sera toujours Paris, c’est-à-dire la première destination touristique au monde. Le défi pour la capitale de la France est davantage d’améliorer, et surtout d’accroitre, ses infrastructures pour accueillir les hordes de vacanciers. La solution retenue par le Time Magazine: reconnecter Paris à sa banlieue, et les différents projets du Grand Paris sont détaillés tout au long des quatre pages de l’article. De son coté, le Chigago Tribune applaudit plus brièvement deux autres initiatives françaises: des cafés sans fumée et musées gratuits, et titre sur une France “plus amicale“.

Restons avec le Chigago Tribune pour un article publié le 22 février sur Nicolas Sarkozy. Dans ce portrait global et élogieux du président français, la journaliste, Laurie Goening, reprend un discours déjà très lu dans la presse américaine: volontaire, infatigable, omniprésent…Comme beaucoup de ses collègues, elle applaudit le président de la France qui bouge. Et son admiration va très loin: “Le monde est certes entrain d’attendre de Barack Obama qu’il résolve tous les problèmes, mais [Nicolas Sarkozy], le président le plus dynamique de ces dernières années, est déjà à la tache“. Elle interprète les derniers sondages parus en France comme étant très favorables au président (46% d’opinions positives). Une popularité exceptionnelle, qu’elle attribue à la virtuosité de Sarkozy de savoir alimenter la fierté chauvine des Français, en ayant fait clair que sa mission était de remettre le pays au premier rang des nations. Seul ombre au tableau pour le président: le climat économique qui plombe la cohésion sociale, et l’article finit à ce propos sur une note lyrique: avec la crise qui attend la France, qui sait si une nouvelle révolution ne va pas éclater…