Pas si égoïste, le patron de Cellfish

« A quoi ça sert, un email ? » s’est entendu dire Fabrice Sergent. C’était en 1992. Il rentrait d’un voyage aux Etats-Unis. Eberlué par sa découverte d’Internet, il cherchait à convaincre des investisseurs de l’intérêt de ce nouveau medium. Trois ans plus tard, avec le concours du groupe Lagardère naissait Club Internet, le premier fournisseur d’accès grand public en France. Aujourd’hui, le patron de Cellfish Media savoure un nouveau succès. L’agence qu’il a fondée voici six ans, toujours grâce au soutien de Lagardère, est aujourd’hui l’un des leaders du marketing mobile dans le monde. Elle emploie 250 employés et réalise plus de 100 millions de chiffres d’affaires repartis entre la France, l’Allemagne, les Etats-Unis et le Canada. Fabrice Sergent dirige le tout depuis New York, où il est venu s’installer avec sa famille en 2005.

Une nouvelle fois, il a fallu soulever des montagnes. Évangéliser collègues et amis. Convaincre que le téléphone mobile pouvait servir à autre chose qu’à passer des coups de fil. « Quelle solitude, d’entreprendre!, confie ce diplômé des Télécoms du haut de son grand bureau au 50ème étage de la tour Paramount, avec vue imprenable sur Manhattan. Mais c’est une bonne façon de contribuer à la société. »
Aussi loin qu’il s’en souvienne, Fabrice Sergent a toujours eu ça dans le sang. A dix ans, il commande une photocopieuse pour Noël et lance son petit magazine. A 12 ans, il monte un salon de la BD à Maisons-Laffitte. A 16 ans, il fait visiter les cabinets ministériels. Il adore la politique, dévore les journaux. Parce qu’ils combinent tout ce qu’il aime, il choisit de faire carrière dans les médias. “Je viens d’une famille qui a failli disparaître dans l’Holocauste. Aussi le maintien de la démocratie et la participation à la chose publique ont-ils une valeur considérable à mes yeux. »

Cette mission, Fabrice Sergent est convaincu de la remplir avec l’agence Cellfish Media. Ne vous fiez pas à son nom, un jeu de mot sur « égoïste ». Ni à son site Internet, sur lequel l’agence se propose d’aider les médias et les opérateurs de téléphonie mobile à “monétiser leur trafic”, c’est à dire envoyer de la pub sur votre petit “cellulaire”. Selon Fabrice Sergent, son rôle va bien au-delà : “A l’échelle mondiale, tout le monde ne possède pas d’ordinateur, mais le cellulaire est largement répandu. Grâce à ce medium, Internet touchera bientôt 100% de la population mondiale. En cela, j’ai la chance d’être dans un business qui peut réduire la fracture numérique, et améliorer la société.”

Preuve que le téléphone mobile, utilisé à bon escient, peut changer la donne, Fabrice Sergent évoque la « Mobile Giving Foundation », un consortium caritatif dont il est administrateur et dont Cellfish Media opère la plate-forme technique. Elle a levé des millions de dollars via textos après le tremblement de terre en Haïti en faveur d’une vingtaine d’ONG dont la Croix Rouge et l’association de WyClef Jean. «  C’est un bel exemple de technologie solidaire », commente-t-il.

Mais quand on lui demande quelle est sa définition du succès, Fabrice Sergent cite d’abord sa famille. « Pour moi, réussir sa vie, c’est entre autres avoir la responsabilité et le talent d’élever des enfants, pour passer d’un projet individuel à un projet collectif. »
Son prochain défi pourrait être de venir en aide aux médias traditionnels, que bien malgré lui, les nouvelles technologies ont contribué à casser. « Je suis très inquiet de la paupérisation de contenu qu’engendre Internet, notamment dans le domaine des news. Cela donne une société mécanique. Nous devons nous mobiliser pour défendre le journalisme. Sans lui, il n’y a pas de démocratie. »