Pierre Bonnard, un peintre très disputé.

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Peu de temps après la mort de ce dernier, Matisse a dit de son ami Pierre Bonnard: “[Il] est un grand peintre, pour aujourd’hui et sûrement pour l’avenir” (in Les Cahiers d’Art, janvier 1948). Une prophétie que n’a pas démentie la fin du 20ème siècle, et encore moins le début de ce 21ème siècle. Depuis quelques années, les tableaux du peintre français courent les pays et les expositions, la dernière en date étant celle du Met Museum consacrée aux scènes d’intérieur composées à la fin de sa vie. Alors que Bonnard a passé une trop longue partie de sa carrière à l’ombre de ses contemporains – Matisse justement, mais aussi Picasso, Derain, Gauguin…, le monde semble aujourd’hui vouloir lui rendre hommage. Et surtout Le Cannet.

La villa Vianney, futur musée Bonnard.
Le Cannet, petite municipalité au nord de Cannes, a fait de Pierre Bonnard et de son œuvre un trésor régional bien gardé, et une pièce maîtresse de son image de marque. Et pour cause: l’artiste y acheté en 1926 la villa Le Bosquet, où il peint jusqu’à sa mort en 1947, près de 300 tableaux, majoritairement des huiles, mais aussi des gouaches et des aquarelles. Plus qu’un lieu de villégiature idéal, Le Cannet devient la source de création privilégiée du peintre. Tous les conseillers municipaux vous le diront: “Le Bosquet est à Bonnard ce que la montagne Sainte-Victoire était à Cézanne”. Après le collège Pierre Bonnard, l’espace Pierre Bonnard, ou des expositions sont organisées régulièrement depuis quelques années, la prochaine étape est désormais le musée Pierre Bonnard, dont l’ouverture est prévue pour 2010. Et ce n’est pas un hasard si cette annonce a été faire en grande pompe aux services culturels de l’ambassade française, le mardi 27 janvier à New York.

Pour Michèle Tabarot, maire UMP du Cannet, il s’agit de “réparer une injustice” et “combler un vide“. Un “vide” surtout par rapport à d’autres communes de la Côte d’Azur: Nice a ses musées Chagall et Matisse, Antibes le musée Picasso et Cagnes-sur-Mer son musée Renoir. Le futur musée Bonnard, poussé par madame la maire depuis son entrée en fonction en 1995, se veut donc un projet ambitieux. Il a reçu en 2007 l’appellation “Musée de France”, un gage de qualité et de subventions publiques, et 3,55 millions d’euros vont être investis dans la rénovation et l’agrandissement de la Villa Vianney, choisie pour accueillir le musée. Michèle Tabarot veut ainsi créer “un espace entièrement dédié au talent de [Pierre Bonnard], ou toutes les facettes de son art seront exposées“. Néanmoins, l’axe central de la collection sera la période méditerranéenne, c’est-à-dire des œuvres de fin de carrière réalisées au Cannet.

Michèle Tabarot, maire du Cannet, et Kareen Rispal, conseillère culturelle de l'ambassade de France. Crédits: Aton Pak/ABACAUSA.COM
C’est là que les choses se compliquent quelque peu. Pour l’instant, la collection du futur musée Bonnard comprend vingt-cinq dessins, deux posters et trois lithographies, et seulement six huiles sur toile- dont une achetée pour 1.3 millions d’euros à Christies London, “Les baigneurs à la fin du jour” (1945). C’est peu à côté de l’exposition du Met Museum, qui compte près de 80 œuvres, dont 45 toiles. La grande majorité proviennent des collections privées et des musées américains, friands bien avant les Français de l’art de Pierre Bonnard. La modeste contribution du Cannet à l’exposition s’élève à deux dessins et une aquarelle, car si la petite ville a réussi réunir des paysages peints au Bosquet, il lui manque justement toute la série des Late Interiors. C’est donc aux propriétaires -particuliers ou institutions- de ces toiles que la délégation du Cannet est aujourd’hui venue faire les yeux doux à New York, puis à Washington. L’objectif affiché du séjour est de “nouer des contacts et créer un lien de confiance avec les collectionneurs“. Les inviter dans les salons des services culturels mardi 27 janvier faisait partie de cette grande opération séduction.

A la clé, Michèle Tabarot et son équipe espèrent des promesses de dons pour des expositions temporaires, des prêts longue durée, et éventuellement la possibilité de futures acquisitions, qui peuvent être financées jusqu’à 80% par l’État français. Le voyage a-t-il été fructueux? “Nous nous montrons confiants” répond madame la maire “il peut s’en passer des choses d’ici Avril (date de la prochaine exposition de Pierre Bonnard au Cannet)“.