Poker

Les derniers jours ressemblent à une partie de poker . Le président est mauvais perdant . Il veut sans cesse redistribuer les cartes . Remettre au pot . Sa logique ressemble à ce dessin de Xavier Lagorce , dans « les Indégivrables», dont les héros sont des pingouins.
Il y en a une troupe innombrable au sommet d’une falaise de glace et , en contrebas , dans une cuvette polaire autant qui se sont fracassés à l’issue d’une chute impitoyable . Un pingouin ( les héros de l’hiver américain avec « Happy Feet » , le film d’animation ) dit à l’autre : « Vous vous rendez compte du nombre de ceux qui seraient morts pour rien si on arrêtait maintenant . »
Nous sommes au milieu de cette partie perdant-perdant lorsque le président Bush annonce la mise : il veut envoyer 21 500 soldats de plus en Irak . Leur mission sera de sécuriser Bagdad. Les troupes irakiennes s’occuperont des faubourgs de la ville. Le jeudi matin on sent le pays gronder sa désapprobation (à 61%) , mais l’effort de guerre ne porte réellement que sur les épaules de 130 000 familles de militaires et maintenant 21 500 de plus ! Thomas Friedman dans son édito du 12-1-07 préconise que nous combattions tous ensemble « ce qui signifie avec une vraie politique énergétique , une vraie taxe sur l’essence qui arrète notre dépendance au pétrole (…) » Au moins , conclut-il , si nous échouons en Irak , l’Amérique sera plus forte en étant indépendante énergétiquement «
Dans ses commentaires , Barack Obama , la nouvelle star démocrate , sénateur de l’illinois , revient sur l’image du poker : « Essentiellement l’administration répète « nous allons doubler la mise …maintenant que nous avons autant dans le pot , on ne peut plus se permettre de perdre ce que nous y avons déjà mis  ».
Les joueurs de la Maison Blanche parient, malgré tout, que le nouveau Congrés , à majorité démocrate, lui donnera la même latitude à poursuivre la guerre que lors des quatre dernières années. Divisions de leurs adversaires , manœuvres législatives obligent. Bush et Cheney , en vieux joueurs obstinés, pensent arriver à leurs fins malgré tous les obstacles .

Je suis en train de me remonter le moral, en recopiant dans la dernière livraison de Vanity Fair, une définition du bonheur, par un de mes héros, Sidney Poitier , 80 ans –  «Lorsque ma conscience , mes instincts , mes valeurs sont en phase avec l’univers» – quand le kiosquier d’Universal News me signale qu’il est interdit de prendre des notes dans les magazines que l’on peut consulter gratuitement. Un seul maître-mot: copyright ! Je suis en effet en train de naviguer sous «la bannière de la piraterie» (« sailing under the flag of piracy ») comme l’écrit l’avocat de la photographe Susan Meiselas à l’artiste Joy Garnett. Cette dernière vient de détourner la photo d’un Sandinista lancant un cocktail molotov pour une de ses expos. La suite est dans le numéro de HARPER’S de février 2007. Je vous invite à lire ce dialogue passionnant sur le problème du droit d’auteur. Le papier, abondamment illustré, cerne la mosaique des points de vue sur la question avec élégance et …art.
L’article suivant de Jonathan Lethem , dans le même numéro , porte sur le plagiarisme et enrichit encore les mille facettes de la question , en l’abordant sous l’angle littéraire .

Une camionnette passe devant mon café-fétiche The Greenwich TreeHouse, bloquée dans la circulation, juste le temps d’une lecture confortable du logo écrit en larges lettres sur la carrosserie :
MAGIC EXTERMINATION «termites et autres pestes…»
Que faire, quand la rue a du talent, pour ne pas empiéter sur son droit d’auteur ?
Se réfugier dans les souvenirs libres de droit peut-être ?
L’article de Serge Michel, « Les moignons de Mogadiscio » , dans le Monde du 12-1 me rappelle que là-bas il n’y a quasimment plus de rues ! Que des ruines , comme à Pompei .  «Quand ils cherchent , le soir à l’hôtel, une ville aussi détruite que Mogadiscio , les envoyés spéciaux hésitent entre Monrovia , Grozny ou Beyrouth.» De mon temps on l’appelait «la perle blanche de l’Océan indien». Je me souviens des cinémas au toit coulissant. Chaque soir nous allions voir un western spaghetti différent ! Au dancing le Gezira , dans les faubourgs de  «Mog» (son surnom d’antan )je me rappelle avoir dansé avec les copines de mon cousin Rachid sur le « Je t’aime moi non plus « de Birkin et Gainsbourg». Très fières d’étrenner le jeune Français sur un tube pareil. Ai-je rêvé ? Ou bien outrepassé mon droit d’auteur à rechercher le temps passé ? En tout cas ce fut ma stricte réalité. Mon cousin n’est plus là pour témoigner du prestige de la France de Jane et Serge , cet été-là à Mogadiscio . « Mog »n’est plus là non plus .
Il me reste la phrase d’orgue de la chanson pour rappeler à moi ce monde englouti à jamais .