Professeure de charisme

«Mes parents ne comprennent pas ce que je fais. Enfin, ça commence…Et mes amis français ont encore un peu de mal à saisir ce que j’enseigne», avoue-t-elle.

Mais le scepticisme d’outre-Atlantique lui importe peu. A 25 ans, Olivia avait déjà enseigné à Harvard, Yale, l’ONU et le Massachusetts Institute of Technology (MIT).

Elle est connue ici comme «the charisma coach» et les médias américains – Bloomberg, USA Today, le New York Times – la citent sur des sujets aussi variés que l’art de la conversation ou le charisme des candidats d’American Idol (la Star Academy américaine). Après avoir publié «The Pocket Guide to Becoming a Superstar in your Field», elle va commencer un nouveau livre sur la science comportementale et la psychologie évolutionnaire appliquées au business.

Et en business elle s’y connaît: le sien lui rapporte déjà quelque 500 000 dollars annuels (selon le magazine Entrepreneur). Une somme confortable, surtout à moins de trente ans. Olivia préfère rester discrète sur son âge, de peur d’effrayer ses clients européens («Les Français ont parfois ce réflexe : si elle n’a pas de cheveux gris, je ne la prends pas au sérieux.») Mais en quelques clics, tout internaute peut découvrir qu’elle a 29 ans.

Petite brune enthousiaste, souvent vêtue de rouge, Fox Cabane aime répéter que sa méthode d’enseignement est efficace car «très scientifique». Dans son appartement à deux pas de l’Empire State Building, elle passe des journées entières à lire des revues de psychologie et de science comportementale. Elle n’a pas de doctorat, mais baigne dans ces théories depuis l’enfance: sa mère est psychologue et son père chercheur scientifique. «Si vous additionnez psychologie et recherche scientifique, vous avez la science comportementale. J’ai appliqué ça à mon domaine, le business».

Elle dit avoir une approche unique sur le charisme et assure n’avoir aucun concurrent. Une assurance qui laisse perplexe certains spécialistes, comme Robert Sutton, professeur en management à Stanford:  «les sciences comportementales ont été appliquées au business depuis plus de 100 ans […] et la psychologie évolutionnaire depuis plusieurs décennies».

Mais le talent d’un coach est de savoir développer une image de marque spéciale, ce qu’Olivia a bien réussi. «Dans mon milieu, la réalité n’a pas d’importance,» dit-elle. «La façon dont les autres vous perçoivent est la seule chose qui compte.»

Selon une étude de l’université d’Harvard, il suffit de deux secondes pour que quelqu’un se fasse une idée de vous, et ce premier jugement est peu susceptible de changer par la suite. Lorsque Fox Cabane coache un client, elle analyse aussi bien le froncement de ses sourcils que sa façon de dire bonjour et de s’asseoir.

«En négociation, une micro expression lue en 30 millisecondes peut tout changer», affirme-t-elle.

Ancien élève d’Olivia, Christian Millet, PDG de Logfret, une société de transport de marchandises, dit être plus à l’aise pour prendre la parole en public grâce à ses cours avec la coach du charisme. Toutefois, certains conseils se sont avérés difficiles à mettre en pratique, comme imiter les gestes de votre interlocuteur lors d’une conversation en face à face.
« Si je fais constamment attention à mes bras, à ma posture lorsque je parle… j’ai peur de perdre ma spontanéité», dit Millet.

Si elle cite souvent les dernières recherches scientifiques, les conseils d’Olivia sont souvent simples. Par exemple, pour avoir un sourire chaleureux, pensez à un souvenir heureux. Evitez de dire « pas de problème » car les gens retiennent « problème ». Et enfin, dans vos emails, utilisez plus «vous», que «je». Il faut que votre interlocuteur se sente valorisé, donc parlez-lui de lui-même !

Sur le site Internet d’Olivia, beaucoup de ses clients affirment avoir augmenté leur chiffre d’affaires ou réussi une négociation grâce à ses conseils. « Pour les Américains, si ça marche, c’est bon. La théorie, ils s’en fichent », explique-t-elle. Sa liste de clients va de Citibank à Deloitte, une des plus grandes compagnies d’audit au monde.

En France, son travail provoque des réactions différentes. Quand Olivia a été parler à l’INSEAD, la grande école de commerce de Fontainebleau, il y a d’abord eu une heure et demie de débat sur ses théories. (« Il faut qu’ils montrent leur esprit critique et ensuite ils peuvent se prêter au jeu ».) Elle a refusé de parler à Sciences-po de peur que l’accueil soit trop négatif.

Mais si vous avez des doutes sur son enseignement, Olivia peut vous rassurer. Elle a d’abord testé toutes ses théories sur elle-même. «Je suis mon propre rat de laboratoire», dit-elle. «Il y a 15 ans, j’étais la personne la plus socialement inapte de la terre». C’est ici à New York qu’elle a trouvé sa voie et inventé son image de marque: «Je n’aurais jamais pu monter ce business à Paris. Vous imaginez un truc comme ça en France? »