Programmes bilingues : le primaire… et après ?

Au départ, Cheri Walsh était hésitante à inscrire son petit Liam dans une école publique. Mais, en septembre 2007, quand le premier programme bilingue franco-anglais a vu le jour à PS58, son école de quartier, elle s’est dit : pourquoi pas ? Aujourd’hui, son fils, qui est en Kindergarten, « excelle en Français », selon les mots de sa fière maman, qui ne regrette absolument pas son choix. Mais, passé l’enthousiasme de la rentrée, une question turlupine toujours les Walsh: où Liam pourra-t-il poursuivre sa formation bilingue dans cinq ans, quand il sortira du primaire?

Cheri Walsh fait partie des nombreux parents de PS58, réunis au sein de l’association Education Française New York (EFNY), mobilisés depuis le Printemps pour ouvrir un programme bilingue français-anglais au collège. L’enjeu : permettre à leurs enfants de poursuivre leur éducation bilingue dans un établissement public du secondaire et ainsi parfaire leur maitrise des deux langues. Un pari ambitieux qui, s’il est relevé, serait une étape décisive dans la construction à New York d’un circuit d’études bilingues intégralement public, du kindergarten à l’université: « J’ai toujours dit que nous voulions faire un Lycée français dans le public, souligne Catherine Poisson, Présidente d’EFNY, l’association de parents à l’origine des programmes d’immersion. On a commencé petit avec les after-school en français, puis les programmes bilingues. Nous voulons désormais aller plus loin. »

Pendant des décennies, les programmes bilingues (qu’ils soient chinois, espagnol, créole, italien…) s’arrêtaient net (sauf quelques rares exceptions) aux portes du collège (middle school). Une situation qui s’expliquait par la difficulté d’adapter le modèle d’enseignement bilingue aux spécificités du secondaire, mais aussi par la politique du Department of Education (DoE) qui aurait, pendant longtemps, privilégié « l’assimilation» des enfants d’immigrés plutôt que  la recherche de la diversité. Lancés dès 2007, les programmes d’immersion français-anglais existants n’échappent pas à la règle. Seule une middle school, MIS 22 dans le Bronx, en a ouvert un.
[ad#Article-Defaut] Aujourd’hui, l’émergence d’une nouvelle génération de parents sensible aux bienfaits du bilinguisme pourrait changer la donne. «Quand on connait la richesse de ces programmes, je trouve que c’est dommage qu’ils s’arrêtent après le primaire, regrette Beth Shair, qui pilote les efforts de recherche d’un collège hôte au sein d’EFNY. C’est comme si les enfants tombaient du haut d’une falaise.»


Si rien n’est fait, les élèves de PS58 seront les premiers à « tomber de la falaise ». Lancé en 2007, le programme bilingue de l’école de Brooklyn a été le premier à voir le jour à New York. Dans trois ans, la première promotion du dual language program de l’école, actuellement en 2nd grade, devra s’inscrire au collège.

Pour l’heure, les recherches d’EFNY se concentrent sur Brooklyn. Comme le recrutement des collèges n’obéit pas à une logique de zone, des établissements du Lower East Side ont également été approchés. Convaincre les proviseurs en période de coupures budgétaires ne sera pas chose aisée, prévient cependant Fabrice Jaumont, Mr. Education à l’Ambassade de France. « Les collèges vont chercher des sources de financement alternatives en se tournant vers des partenaires institutionnels, comme l’Ambassade de France. Or nos moyens sont limités aussi », indique-t-il.

Pourtant, sur le long terme, il faudra qu’EFNY et ses partenaires se mobilisent pour trouver suffisamment de collèges pour faire face à la croissance des programmes bilingues, dont le nombre est passé de un à six en seulement trois rentrées. Sinon, l’élan sera perdu. « Si 60% des enfants continuent en programme bilingue après le primaire et que nous avons dix programmes bilingues dans trois ans, il faudra cinq-six collèges pour accueillir tout le monde », souligne Catherine Poisson. La chasse aux proviseurs francophiles est ouverte !