Quatrième nuit de camping à JFK

Ils sont une quinzaine sur la photo souvenir. Pour se remonter le moral et ne jamais oublier ce voyage pas comme les autres à New York, Gérard et ses amis posent devant l’appareil. Ils affichent une mine souriante. Pourtant, au milieu du groupe, l’un des membres brandit un petit panneau. On peut y lire «Honte à la France». Gérard est très remonté : «Ici au Terminal 8 on a vu plusieurs fois le Consul de Belgique venir aider les passagers belges. Nous des Français nous n’avons vu personne. Pour Haïti, il y a de l’argent, pour la Chine, il y a de l’argent mais pour les français bloqués, il n’y a rien». Un de ses amis à l’accent marseillais ajoute : «Comme disait Coluche, dites moi ce dont vous avez besoin, on vous dira comment vous en passer !”

Pour la plupart de ces passagers français et belges d’American Airlines, cela fait 4 nuits qu’ils dorment dans les couloirs du hall de départ. La compagnie a disposé 135 lits de camps. Pour ne pas avoir froid, Jean-Philippe avoue qu’il a volé des couvertures au terminal 4. Grâce à un restaurateur belge, des repas sont distribués par moments. Pour le reste, Renée et son mari se débrouillent. «Moi ce que me gêne le plus c’est le manque d’hyghiène. Pas de douche, on se lave dans les toilettes reservés aux handicapés. Je n’ai plus d’affaires de rechange et on ne trouve pas de sous-vêtement à acheter dans ce terminal ». A quelques lits de là, Marc et Nathalie son épouse se montrent désabusés : «Nous n’avons pas les moyens de payer 150 dollars une chambre d’hôtel. Nous dormons donc ici dans le bruit avec cette lumière qui vous réveille». Nathalie devait se faire opérer en France en milieu de semaine et commence à manquer de médicaments pour son traitement contre les jambes lourdes. A côté de la cabine téléphonique, Christian, bloqué depuis jeudi après-midi , est inquiet car il n’a pas de billet de retour programmé. Il habite Lyon et a laissé ses 4 enfants (dont des triplés de 16 ans) chez lui. Sa femme avoue avoir craqué. «Ce sont nos enfants qui nous donnent des nouvelles car ici on ne sait rien, personne ne nous donne de précision, on comprend mal l’anglais ». Ce couple a calculé qu’en dépense alimentaire et en forfait téléphone, la facture de ce séjour non prévu à New York s’élevait déjà à 400 euros.

Loin de JFK, devant le Consulat de France, sur la 5 ème Avenue, une file d’attente d’une dizaine de mètres occupe le trottoir. Des Français en famille, en couple patientent, amusés par la parade de la communauté grecque qui célèbre sa fête d’indépendance en défilant le long de Central Park. Depuis vendredi soir, la cellule de crise tente de faire face au flot de demandes. Au rez-de-chaussée, ces français victimes du nuage islandais sont accueillis par des membres du Consulat. Une feuille avec des adresses d’hôtel leur est remise. «Je vais prendre vos passeports pour en faire des photocopies» propose aimablement l’un des représentants de la section consulaire. Il précise au passage qu’il faut pouvoir joindre tous les demandeurs si jamais une évacuation par l’Etat français (très hypothétique) était mise en place.

A l’étage, Philippe Lalliot le Consul fait le tour des bureaux. Vingt personnes, en plein dimanche, sont sur le pont. Les coups de fils affluent. Une centaine d’appels par heure. «Nous estimons qu’environ 4000 français sont bloqués à New York» avance le Consul. «Et chaque jour, il s’en ajoute un millier !”. Depuis samedi soir, le Quai d’Orsay a débloqué des fonds pour venir en aide aux cas les plus urgents. Il y a également les français malades qu’il faut soigner. Plus d’une trentaine ont été traités par le médecin français recommandés par le Consulat. En réponse aux critiques de certains passagers bloqués à JFK, Philippe Lalliot temporise : «C’est une réaction normale, les gens sont fatigués, énervés, ils ont besoin qu’on les écoute et qu’on apporte des solutions à leurs problèmes”. Le Consulat ouvre depuis ce week-end de 9 heures à 20 heures avec une permanence de nuit . «Mon boulot ça n’est pas d’aller à l’aéroport pour trouver 3 micros et 2 caméras comme certain l’ont fait, mon boulot c’est de trouver de vraies solutions pour les gens. Nous sommes tous à leur disposition, ils peuvent appeler, ils peuvent venir, ils seront toujours reçus quelle que soit l’heure ».

Près de 4 jours après le début de la paralysie, le défi est double pour les vacanciers coincés à New York : se loger et trouver de l’argent. Les 35 élèves du lycée Galilée de Cergy dorment depuis vendredi soir dans le gymnase du lycée français de New York. Luc Thysse, le professeur responsable venu de région parisienne a fait jouer son réseau, il a enseigné au LFNY il y a quelques années. C’est lui et deux de ses collègues qui avancent une partie de l’argent pour acheter la nourriture. Le Lycée aide également. Et les parents commencent à envoyer des fonds via des mandats. Mais pour beaucoup d’autres Français la situation est plus délicate. Christophe a calculé qu’une semaine supplémentaire à New York lui reviendrait à mille Euros, en grande partie à cause du prix de sa chambre d’ hôtel.

Heureusement, la communauté française de New York commence à se mobiliser. Le site du Consulat comme celui de French Morning mettent en lien ceux qui ont une chambre et ceux qui sont à la recherche d’un logement. Des annonces proposent des lits ou canapés à Newark, Brooklyn ou Manhattan. Il suffit de choisir !

Pour poster vos annonces:

Si vous pouvez offrir un logement d’urgence.

-Si vous êtes bloqués à NY et cherchez un logement.