Une société de classe qui mange au McDo

A une semaine du verdict tant attendu du procès Clearstream, Devorah Lauter du Los Angeles Times revient sur ce « duel du siècle » : d’un côté, un Sarkozy « petit et pugnace » et de l’autre, un Villepin « calme, grand et infailliblement bronzé ». Une comparaison que la journaliste dit retrouver dans les médias français, qui seraient nombreux à parler de l’affaire comme d’un « Watergate à la française ». Soit. A la seule différence qu’ici l’accusé n°1 voit sa popularité grimper au fur et à mesure qu’avance le procès, si bien qu’il apparaît comme la seule personnalité de droite capable de peser politiquement face à un Nicolas Sarkozy “impitoyable“. Bruce Crumley du Time Magazine va encore plus loin. Ce procès ne serait qu’une guerre entre castes d’autant plus symbolique qu’elle prend place dans ce même tribunal qui a conduit Marie Antoinette à la guillotine un jour de 1793… Sarkozy le bourgeois, orphelin de père depuis l’enfance, qui a gravi petit à petit les échelons de la gloire contre Villepin l’aristocrate, fils de diplomate, ce passionné de Napoléon formé à l’ENA, « machine à reproduire l’élite française ». Bref, un procès qui n’empêchera pas la division entre classes sociales -si caractéristique de cette société française- de perdurer.

Autre débat de métropole qui interpelle la presse américaine : la castration pour les pédophiles récidivistes. Estelle Shirbon pour Reuters revient sur l’affaire Evrard, ce récidiviste sexuel de 63 ans dont la récente lettre adressée au président de la République demandant une intervention chirurgicale divise l’opinion. La castration chimique est une mesure autorisée en France et dans d’autres pays européens (scandinaves notamment) pour éviter qu’agissent les délinquants sexuels. Mais l’actualité des dernières semaines amènent certains ministres à réfléchir à un moyen de durcir la loi envers ce type de crime. La requête de Francis Evrard soulève l’interrogation : demander de l’aide contre ses propres pulsions ne serait pas un moyen d’échapper à une lourde peine d’emprisonnement ? “Qu’importe” répond Badinter, « on ne mutile pas dans nos sociétés ». Estelle Shirbon rappelle que le gouvernement actuel mené par Sarkozy -ancien locataire de la place Beauvau- a déjà été « largement critiqué » pour la sévérité de certaines de ses mesures prises contre le crime. De quoi faire couler de l’encre pour plusieurs jours encore.

L’approche d’Halloween est chaque année l’occasion pour les médias américains d’aller voir ce qu’il se passe ailleurs. Et quelle surprise d’imaginer qu’en France, le « trick or treat » (« la bourse ou la vie ») n’a pas pris, mais alors pas du tout ! C’est ce que constate Peter Mayle du New York Times depuis Aix en Provence. Les Français sont plutôt enthousiastes face à certains éléments typiquement américains –des hamburgers aux séries télé en passant par les Marlboro Lights. Mais il y a une chose qu’ils ont du mal à accepter : toute cette mascarade de citrouilles et déguisements de sorcières et autres morts-vivant le jour de la fête de tous les Saints. Le 31 Octobre, la tradition judéo-chrétienne veut que l’on célèbre la Toussaint. Au mieux, certains vont à l’église ce jour-là. Mais l’on ne verra personne se presser dans le rayon sucrerie du supermarché, angoissé à l’idée de décevoir les plus jeunes le soir venu. Et puis cet engouement soudain pour la citrouille, aux quatre coins du pays ? Tant de gaspillage pour décorer les vitrines et les bordures de fenêtres, les Français ont du mal à comprendre.

Le correspondant du Washington Post Edward Cody est séduit cette semaine par un building de la ville de Dijon. La tour Elithis construite selon des normes environnementales et écologiques pourrait devenir le premier bureau où se produit plus d’énergie qu’il ne s’en consomme. Un espoir de taille dans un pays où « les habitudes de consommation sont généralement lentes à changer ». Un retard que s’est empressé de combler Nicolas Sarkozy dès le début de son mandat, en poussant l’Europe et l’Amérique de Barack Obama à inscrire les économies d’énergie comme priorité de l’année. Le journaliste reconnaît l’effort et semble convaincu « un lieu connu pour sa moutarde montre l’exemple de la maîtrise d’énergie ».

Il n’est pas le seul à parler de moutarde. Jennifer LaRue Huget du même Washington Post s’offusque de la publicité faite par la marque French’s mustard quand elle compare la traditionnelle moutarde jaune française, le ketchup et la mayo. Seul le vinaigre serait commun aux trois condiments, les deux derniers étant essentiellement composés d’huile et de sucre. Faux ! rétorque la journaliste. Le sodium, en trop grande quantité dans le ketchup et la mayonnaise, est largement présent dans la moutarde jaune. Mais rien n’est indiqué sur les étiquettes des produits French’s. Le client, sans cesse sous pression par les signalisations « free fat » ou «  low fat » est une fois encore induit en erreur.

A l’inverse, les calories de produits américains ne semblent pas affoler les Français outre mesure. La presse new yorkaise avait déjà fait état de sa terrible inquiétude à l’idée qu’un énième Mac Donald vienne gâcher le paysage parisien en trouvant refuge au Louvre. Il n’en est rien. Nadim Audi du New York Times s’étonne que seul le Parisien ait écrit quelques lignes sur le sujet, alors que plusieurs titres internationaux avaient prédis la polémique. Le journaliste rappelle qu’après les Etats Unis, la France est le pays où le géant du fast food s’est le mieux implanté. Difficile à expliquer, quand on sait que le raffinement et la haute cuisine sont en France des lieux communs. Mais des menus adaptés à la clientèle (salade et sandwich au pain complet) et la nette évolution des habitudes alimentaires font du Français anti fast food un mythe largement dépassé. Que les anciens se rassurent, le traditionnel jambon-beurre avalé au coin d’un comptoir n’a pas pour autant perdu de son prestige.