Quand deux Français réinventent la radio

Si vous entrez dans la chambre d’un adolescent d’aujourd’hui, vous constaterez l’absence de chaîne hi-fi et l’omniprésence de l’ordinateur, de la console de jeu et, bien sûr, du téléphone portable, devenu objet à tout faire, notamment, nouveau support d’écoute de la musique. Le phénomène n’a pas échappé à Roberto Ciurleo alors qu’il est encore Directeur de l’antenne et des programmes de la radio FM NRJ à Paris.« C’était il y a trois ans. Avec mon associé Emmanuel Jayr, on a réalisé que l’écoute de la radio était en train de changer radicalement chez les jeunes. C’est ce qui nous a donné l’idée de créer un nouveau media radio qui soit totalement lié au numérique et à l’adresse IP. À l’époque, inutile de vous dire que c’était de la pure science-fiction ! »

Le temps de mûrir le projet, de lever quelques millions d’Euros et le portail Goom radio apparaît sur le Net, il y a un peu plus d’un an.
« Notre objectif était clair : combler le retard qui existait entre ce que les jeunes écoutaient sur Internet et ce que diffusaient les radios traditionnelles, même les plus récentes. Autre idée essentielle : l’auditeur doit pouvoir composer sa propre radio en virant tout ce qui ne lui plaît pas.»
Et ça marche, très fort et très vite… Goom radio, en France, totalise actuellement 9 millions de players par mois, alors que le site n’a pas deux ans.
Grand fan de Madonna, Roberto Ciurleo propose rapidement à la star d’avoir sa radio, puis ses équipes développent des radios pour des marques. Le Crédit Mutuel, l’opérateur téléphonique SFR et pour la dernière en date la SNCF qui a demandé à Goom radio de créer 22 radios régionales chargées d’informer les voyageurs de toute difficulté survenant pendant le trajet, parfois avant même le contrôleur du train.
Musique et informations arrivent, tout à fait naturellement, sur les mobiles et les ordinateurs des passagers.

Autre phénomène n’ayant pas échappé à Roberto Ciurleo, la provenance, pour 70% de ce qui est écouté par les jeunes Français, des Etats-Unis. Autrement dit, ce sont toujours les US qui alimentent très largement la production musicale.
Mais plutôt que de subir ce déferlement, sans pouvoir le canaliser, Roberto et son associé décident de venir à la source.
«  Nous nous sommes installés à l’été 2009, dans les studios d’une ancienne radio, à Jersey City, en ayant l’ambition de créer du contenu pour la France en sélectionnant la musique à sa source. Et c’est en constant que le marché de la radio, ici aux Etats-Unis, a encore plus vieilli qu’en France et semble définitivement figé, que nous décidons d’ouvrir un Goom radio US ! »
Et là aussi ça marche, très fort et très vite…
« Tous les jours aux Etats-Unis, 50 millions d’auditeurs écoutent la radio sur Internet ! À nous de jouer. »

Mais rien n’étant jamais simple, le parcours s’avère plus difficile que prévu et la difficulté pas là où Roberto Ciurleo l’attendait.
Rien d’insurmontable sur le plan technique, l’audience visiblement est elle aussi au rendez-vous, alors, où est-ce que çà coince ?
« Ok, gérer une équipe de chaque côté de l’Atlantique, ce n’est pas simple. Mais là où j’ai été très surpris ici, c’est de me trouver en face de collaborateurs très compétents dans leur domaine, mais incapables de sortir de leur feuille de route. Je n’avais absolument pas anticipé le fait que ces gens-là ne sont visiblement pas préparés à faire, même ponctuellement, autre chose que ce pourquoi ils ont été embauchés. »
« En fait, il ne faut surtout pas s’entourer de gens qui ne sont pas prêts à vivre une expérience de start up, sinon, c’est l’échec. »

Et c’est ce qui a conduit les deux associés de Goom radio à faire un grand ménage parmi l’équipe recrutée à New York pour le lancement.
« D’excellents connaisseurs du type de musique qui est leur spécialité mais sans la volonté de jouer les pionniers, or, on se sent complètement l’âme de pionniers car, dans les medias et notamment en radio, ici des start up, il n’y en a pas eu depuis longtemps ! »
Visiblement, l’expérience américaine est riche en enseignements. Roberto Ciurleo et son associé s’accrochent, persévèrent, convaincus que «l’association entre la sensibilité française et les méthodes américaines fait toujours un carton ».
C’est bien parti, en tout cas et les bonnes vieilles radios traditionnelles ont du souci à se faire, ici comme en France. Ils ont tout compris les Goom radio’s boys.